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Fête des pères : n’oublions pas ces papas divorcés campeurs, par Eric Donfu

Père et fils

Vous les voyez souvent au restaurant à table avec un enfant. Leur table semble isolée du reste du restaurant. Souvent, même, l’enfant semble presque adulte, et l’homme, le père, le presse de question, sur l’école, la maison, dans une attitude à la fois un peu gênée et affectueuse. S’ils sont au restaurant, c’est surtout parce que papa, n’a pas eu le temps de préparer à manger. D’ailleurs, le fait-il pour lui ? Et puis est-il rentré à temps pour faire les courses ? D’ailleurs, le terme "campeur" illustre bien ses talents de jongleur du quotidien, pour ne pas dire de "vieux garçon" pour certains. Mais il a la pêche, plein d’idées et de projets, et bien sûr, il va gâter son fils ou sa fille. Les temps qu’il passera avec ses enfants, sont pour lui des temps précieux qu’il additionne en les voyant grandir. Et ce sont aussi des instants où il est sous le feu impitoyable de la lucidité de ses enfants. Ces "divorcés campeurs", hommes séparés avec enfants, sont de plus en plus nombreux, notamment en ville, dans des petits appartements. Très attachés à leur indépendance il sont pleinement dans leur rôle de père, et au-delà des pensions alimentaires qu’ils versent à la mère des enfants. Ils consacrent souvent le meilleur d’eux-mêmes à ses enfants, préservant même dans ce but une qualité de relation cordiale ou amicale avec leur mère. L’enfant prend une telle place dans leur vie qu’il modifie leur vie affective. C’est ainsi que peuvent se former des "couples de solos" seuls capables de se comprendre et d’accepter cette part inviolable d’intimité partagée entre un père et son enfant par-delà les normes familiales traditionnelles, et au nom de ce lien filial qui compte plus que tout.

Un chiffre illustre l’ampleur du phénomène. Si le couple marié demeure la structure familiale la plus répandue, trois enfants sur dix vivent aujourd’hui en France avec un seul de leurs parents, dans une famille recomposée ou monoparentale. Lorsqu’un couple se sépare, le maintien de fortes relations entre l’enfant et chacun des deux parents devient plus difficile, et le plus souvent, c’est avec le père que les liens se distendent. Ainsi, 85 % des foyers monoparentaux sont féminins. Et 20% des enfants vivant avec la mère voient leur père toutes les semaines, 20% tous les quinze jours, 5% une fois par mois, 24% ne le voient pas du tout, 8% étant de père inconnu. Les pères s’estiment d’ailleurs souvent frustrés de ne pas voir davantage leurs enfants. Lorsqu’on les interroge, les pères divorcés se disent d’ailleurs peu satisfaits des relations avec leurs enfants adultes alors que c’est moins le cas des mères. Ce sentiment est accentué dans certains milieux sociaux. Ainsi, si 48 % des enfants majeurs de parents séparés qui ont un père cadre le voient au moins une fois par mois c’est seulement le cas de 19 % des enfants d’ouvriers ou d’employés non qualifiés. Lorsque les parents sont séparés, les 18-34 ans voient deux fois plus leur mère que leur père Même si c’est souvent à l’âge de douze ans que l’on va vivre chez son père, en cas de conflit dans le foyer de la mère, devenus adultes, les enfants résident le plus souvent près de leur mère, avec qui ils ont été le plus proches enfant.

Alors au sein de ces "nouvelles solitudes" qui se développent, touchant près de six millions de personnes, Trois millions et demi d’hommes vivent seuls en France, dont 60% de moins de soixante ans. Et le nombre de parents isolés a doublé en dix ans. Quelle est la part des pères ? Par rapport à 1999, chez les hommes, vivre seul est plus fréquent avant la soixantaine. Si, pour les moins de 35 ans, la présence d’enfants en bas âge diminue le risque de rupture avec le conjoint, à partir de 35 ans, les pères à la tête d’une famille monoparentale sont relativement peu nombreux. Ils le sont davantage lorsque les enfants sont grands, même si ce chiffre reste très inférieur à celui des foyers monoparentaux féminins. Ainsi, si 10 % des enfants de 0 à 6 ans en famille monoparentale vivent avec leur père ; ils sont 18 % parmi les enfants de 17 à 24 ans. Les pères sont aussi à la tête de familles monoparentales plus petites : dans 63 % des cas, il n’y a qu’un seul enfant.

C’est dans ce contexte, un nouveau type de père se révèle: les "divorcés campeurs", que l’on pourrait aussi appeler les séparés campeurs. C’est un homme actif qui vit seul. Il a entre 35 et 55 ans. Célibataire, séparé ou divorcé il vit le plus souvent dans une grande ville, a des amis, un réseau social. En France, depuis la loi du 4 mars 2002 relative à l’autorité parentale, la résidence en alternance des enfants de parents séparés est reconnue par la loi. En 2005, dans les instances judiciaires dans lesquelles la garde des enfants était en cause, 10 % des enfants auraient fait l’objet d’une décision de résidence en alternance. Mais quand il n’est pas en résidence alternée, ce qui lui demande une organisation particulière, le père séparé voit son, ou ses enfants, qui vivent avec leur mère, de façon épistolaire, le week-end ou le mercredi. Et pour lui, la relation avec ses enfants est importante, au moins autant et souvent plus que ses relations amoureuses et le projet de se remettre en couple.. En effet, les relations sont plus fréquemment rompues entre l’enfant et son père quand ce dernier a une nouvelle compagne : 29 % des enfants dont le père s’est remis en couple ne le voient jamais, contre 22 % de ceux dont le père n’a pas de nouveau conjoint.

Alors, ces "divorcés campeurs" démontrent que si la solitude peut nourrir l’imagination, la créativité et favoriser l’expression d’un « moi » authentique, elle n’apprend pas forcément à se suffire soi-même. Dans les transformations des modes d’entrées dans la vie adulte, ces pères solitaires inventent une nouvelle structure de parenté, ou le lien père-fils ou père-fille devient un repère. Suffit-il à équilibrer le rôle tout puissant de la mère ? En tous cas, à l’occasion de la fête des pères, il convenait naturellement de les sortir de l’ombre.

Eric DONFU, sociologue

16 juin 2009

Auteur de Oh mamie boom (Jacob-Duvernet ,2007) et Ces jolies filles de mai, 68 la révolution des femmes (Jacob-Duvernet, 2008)

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1 commentaire

Écrit par Damien le 25/07/2015 à 01h23

Ah c'est bien de parler un peu des papas ;)

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