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Discussion: Coin Poésie

  1. #121
    Super Solo Avatar de catleya
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    Citation Envoyé par moietmoi Voir le message
    Vous me dégoutez tous avec votre bonheur ! Avec votre vie qu'il faut aimer coûte que coûte. On dirait des chiens qui lèchent tout ce qu'ils trouvent. Et cette petite chance pour tous les jours, si on n'est pas trop exigeant. []Moi, je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier ou alors je refuse ! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd'hui et que cela soit aussi beau que quand j'étais petite ou mourir !

    extrait Antigone Anouilh
    Et la réponse de Créon qui est tout aussi belle (ben oui on vieillit )

    « Marie-toi vite, Antigone, sois heureuse. La vie n'est pas ce que tu crois. C'est une eau que les jeunes gens laissent couler sans le savoir, entre leurs doigts ouverts. Ferme tes mains, ferme tes mains, vite. Retiens-la. Tu verras, cela deviendra une petite chose dure et simple qu'on grignote, assis au soleil. Ils te diront tout le contraire parce qu'ils ont besoin de ta force et de ton élan. Ne les écoute pas. Ne m'écoute pas quand je ferai mon prochain discours devant le tombeau d'Etéocle. Ce ne sera pas vrai. Rien n'est vrai que ce qu'on ne dit pas… Tu l'apprendras, toi aussi, trop tard, la vie c'est un livre qu'on aime, c'est un enfant qui joue à vos pieds, un outil qu'on tient bien dans sa main, un banc pour se reposer le soir devant sa maison. Tu vas me mépriser encore, mais de découvrir cela, tu verras, c'est la consolation dérisoire de vieillir ; la vie, ce n'est peut-être tout de même que le bonheur. »

    Anouilh, Antigone
    Laisse tomber la neige, on fera des boules demain...

  2. #122
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    " Comprendre... Vous n'avez que ce mot-là dans la bouche, tous, depuis que je suis toute petite. Il fallait comprendre qu'on ne peut pas toucher à l'eau, à la belle et fuyante eau froide parce que cela mouille les dalles, à la terre parce que cela tache les robes. Il fallait comprendre qu'on ne doit pas manger tout à la fois, donner tout ce qu'on a dans ses poches au mendiant qu'on rencontre, courir, courir dans le vent jusqu'à ce qu'on tombe par terre et boire quand on a chaud et se baigner quand il est trop tôt ou trop tard, mais pas juste quand on en a envie ! Comprendre. Toujours comprendre. Moi, je ne veux pas comprendre. Je comprendrai quand je serai vieille. (Elle achève doucement.) Si je deviens vieille. Pas maintenant. "
    ANTIGONE Anouilh

  3. #123
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    On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans.

    - Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,

    Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !

    - On va sous les tilleuls verts de la promenade.

    Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !

    L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière ;

    Le vent chargé de bruits - la ville n'est pas loin -

    A des parfums de vigne et des parfums de bière...

    II

    - Voilà qu'on aperçoit un tout petit chiffon

    D'azur sombre, encadré d'une petite branche,

    Piqué d'une mauvaise étoile, qui se fond

    Avec de doux frissons, petite et toute blanche...

    Nuit de juin ! Dix-sept ans ! - On se laisse griser.

    La sève est du champagne et vous monte à la tête...

    On divague ; on se sent aux lèvres un baiser

    Qui palpite là, comme une petite bête...

    III

    Le cœur fou Robinsonne à travers les romans,

    Lorsque, dans la clarté d'un pâle réverbère,

    Passe une demoiselle aux petits airs charmants,

    Sous l'ombre du faux col effrayant de son père...

    Et, comme elle vous trouve immensément naïf,

    Tout en faisant trotter ses petites bottines,

    Elle se tourne, alerte et d'un mouvement vif...

    - Sur vos lèvres alors meurent les cavatines...

    IV

    Vous êtes amoureux. Loué jusqu'au mois d'août.

    Vous êtes amoureux. - Vos sonnets La font rire.

    Tous vos amis s'en vont, vous êtes mauvais goût.

    - Puis l'adorée, un soir, a daigné vous écrire... !

    - Ce soir là,... - vous rentrez aux cafés éclatants,

    Vous demandez des bocks ou de la limonade...

    - On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans

    Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade.

    Arthur Rimbaud

    29 septembre 1870

  4. #124
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    Rêve pour l' hiver

    L'hiver, nous irons dans un petit wagon rose
    Avec des coussins bleus.
    Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
    Dans chaque coin moelleux.

    Tu fermeras l’œil, pour ne point voir, par la glace,
    Grimacer les ombres des soirs,
    Ces monstruosités hargneuses, populace
    De démons noirs et de loups noirs.

    Puis tu te sentiras la joue égratignée...
    Un petit baiser, comme une folle araignée,
    Te courra par le cou...

    Et tu me diras: "Cherche!" en inclinant la tête,
    Et nous prendrons du temps à trouver cette bête
    Qui voyage beaucoup...

    Arthur Rimbaud

  5. #125
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    ll nous faut mener double vie dans nos vies, double sang dans nos cœurs, la joie avec la peine, le rire avec les ombres, deux chevaux dans le même attelage, chacun tirant de son côté, à folle allure. Ainsi allons-nous, cavaliers sur un chemin de neige, cherchant la bonne foulée, cherchant la pensée juste, et la beauté parfois nous brûle, comme une branche basse giflant notre visage, et la beauté parfois nous mord, comme un loup merveilleux sautant à notre gorge.
    La folle allure BOBIN

  6. #126
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    Tu es pressé d'écrire,
    Comme si tu étais en retard sur la vie,
    S'il en est ainsi fais cortège à tes sources.
    Hâte-toi.
    Hâte-toi de transmettre
    Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance.
    (début du poème "Commune présence") René Char

  7. #127
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    El desdichado

    Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,
    Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
    Ma seule Etoile est morte, - et mon luth constellé
    Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

    Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé,
    Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
    La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
    Et la treille où le Pampre à la Rose s'allie.

    Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
    Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
    J'ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène...

    Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
    Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
    Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

    Gérard de Nerval
    faut voir

  8. #128
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    Citation Envoyé par hominem Voir le message
    Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,
    Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
    Ma seule Etoile est morte, - et mon luth constellé
    Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

    Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé,
    Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
    La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
    Et la treille où le Pampre à la Rose s'allie.

    Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
    Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
    J'ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène...

    Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
    Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
    Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

    Gérard de Nerval
    AH Nerval; il y avait longtemps, merci!

  9. #129
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    Les Effarés

    Noirs dans la neige et dans la brume,
    Au grand soupirail qui s'allume,
    Leurs culs en rond [,]

    À genoux, cinq petits, — misère ! —
    Regardent le boulanger faire
    Le lourd pain blond [.]

    Ils voient le fort bras blanc qui tourne
    La pâte grise, et qui l'enfourne
    Dans un trou clair.

    Ils écoutent le bon pain cuire.
    Le boulanger au gras sourire
    Chante un vieil air.

    Ils sont blottis, pas un ne bouge,
    Au souffle du soupirail rouge,
    Chaud comme un sein.

    Quand, pour quelque médianoche,
    Façonné comme une brioche,
    On sort le pain,

    Quand, sur les poutres enfumées,
    Chantent les croûtes parfumées,
    Et les grillons,

    Quand ce trou chaud souffle la vie
    Ils ont leur âme si ravie,
    Sous leurs haillons,

    Ils se ressentent si bien vivre,
    Les pauvres Jésus pleins de givre,
    Qu'ils sont là, tous,

    Collant leurs petits museaux roses
    Au grillage, grognant des choses
    Entre les trous,

    Tout bêtes, faisant leurs prières,
    Et repliés vers ces lumières
    Du ciel rouvert,

    Si fort, qu'ils crèvent leur culotte,
    Et que leur chemise tremblote
    Au vent d'hiver.

    Arthur Rimbaud
    faut voir

  10. #130
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    L'Art poétique

    De la musique avant toute chose,
    Et pour cela préfère l'Impair
    Plus vague et plus soluble dans l'air,
    Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

    Il faut aussi que tu n'ailles point
    Choisir tes mots sans quelque méprise
    Rien de plus cher que la chanson grise
    Où l'Indécis au Précis se joint.

    C'est des beaux yeux derrière des voiles
    C'est le grand jour tremblant de midi,
    C'est par un ciel d'automne attiédi
    Le bleu fouillis des claires étoiles!

    Car nous voulons la Nuance encor,
    Pas la Couleur, rien que la nuance!
    Oh! la nuance seule fiance
    Le rêve au rêve et la flûte au cor !

    Fuis du plus loin la Pointe assassine,
    L'Esprit cruel et le Rire impur,
    Qui font pleurer les yeux de l'Azur
    Et tout cet ail de basse cuisine !

    Prends l'éloquence et tords-lui son cou !
    Tu feras bien, en train d'énergie,
    De rendre un peu la Rime assagie.
    Si l'on n'y veille, elle ira jusqu'où ?

    Ô qui dira les torts de la Rime ?
    Quel enfant sourd ou quel nègre fou
    Nous a forgé ce bijou d'un sou
    Qui sonne creux et faux sous la lime ?

    De la musique encore et toujours !
    Que ton vers soit la chose envolée
    Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée
    Vers d'autres cieux à d'autres amours.

    Que ton vers soit la bonne aventure
    Eparse au vent crispé du matin
    Qui va fleurant la menthe et le thym...
    Et tout le reste est littérature.

    Paul Verlaine
    faut voir

  11. #131
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    Melancholia (extrait)

    Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
    Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
    Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules ?
    Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules ;
    Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement
    Dans la même prison le même mouvement.
    Accroupis sous les dents d'une machine sombre,
    Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre,
    Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,
    Ils travaillent. Tout est d'airain, tout est de fer.
    Jamais on ne s'arrête et jamais on ne joue.
    Aussi quelle pâleur ! la cendre est sur leur joue.
    Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las.
    Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas !
    Ils semblent dire à Dieu : « Petits comme nous sommes,
    Notre père, voyez ce que nous font les hommes ! »
    O servitude infâme imposée à l'enfant !
    Rachitisme ! travail dont le souffle étouffant
    Défait ce qu'a fait Dieu ; qui tue, œuvre insensée,
    La beauté sur les fronts, dans les cœurs la pensée,
    Et qui ferait - c'est là son fruit le plus certain ! -
    D'Apollon un bossu, de Voltaire un crétin !
    Travail mauvais qui prend l'âge tendre en sa serre,
    Qui produit la richesse en créant la misère,
    Qui se sert d'un enfant ainsi que d'un outil !
    Progrès dont on demande : « Où va-t-il ? que veut-il ? »
    Qui brise la jeunesse en fleur ! qui donne, en somme,
    Une âme à la machine et la retire à l'homme !
    Que ce travail, haï des mères, soit maudit !
    Maudit comme le vice où l'on s'abâtardit,
    Maudit comme l'opprobre et comme le blasphème !
    O Dieu ! qu'il soit maudit au nom du travail même,
    Au nom du vrai travail, sain, fécond, généreux,
    Qui fait le peuple libre et qui rend l'homme heureux !

    Victor Hugo, Les Contemplations, Livre III

  12. #132
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    La Loreley


    à Jean sève

    À Bacharach il y avait une sorcière blonde
    Qui laissait mourir d'amour tous les hommes à la ronde

    Devant son tribunal l'évêque la fit citer
    D'avance il l'absolvit à cause de sa beauté

    Ô belle Loreley aux yeux pleins de pierreries
    De quel magicien tiens-tu ta sorcellerie

    Je suis lasse de vivre et mes yeux sont maudits
    Ceux qui m'ont regardée évêque en ont péri

    Mes yeux ce sont des flammes et non des pierreries
    Jetez jetez aux flammes cette sorcellerie

    Je flambe dans ces flammes ô belle Loreley
    Qu'un autre te condamne tu m'as ensorcelé

    Evêque vous riez Priez plutôt pour moi la Vierge
    Faites-moi donc mourir et que Dieu vous protège

    Mon amant est parti pour un pays lointain
    Faites-moi donc mourir puisque je n'aime rien

    Mon cœur me fait si mal il faut bien que je meure
    Si je me regardais il faudrait que j'en meure

    Mon cœur me fait si mal depuis qu'il n'est plus là
    Mon cœur me fit si mal du jour où il s'en alla

    L'évêque fit venir trois chevaliers avec leurs lances
    Menez jusqu'au couvent cette femme en démence

    Vat-en Lore en folie va Lore aux yeux tremblant
    Tu seras une nonne vêtue de noir et blanc

    Puis ils s'en allèrent sur la route tous les quatre
    La Loreley les implorait et ses yeux brillaient comme des astres

    Chevaliers laissez-moi monter sur ce rocher si haut
    Pour voir une fois encore mon beau château

    Pour me mirer une fois encore dans le fleuve
    Puis j'irai au couvent des vierges et des veuves

    Là haut le vent tordait ses cheveux déroulés
    Les chevaliers criaient Loreley Loreley

    Tout là bas sur le Rhin s'en vient une nacelle
    Et mon amant s'y tient il m'a vue il m'appelle

    Mon cœur devient si doux c'est mon amant qui vient
    Elle se penche alors et tombe dans le Rhin

    Pour avoir vu dans l'eau la belle Loreley
    Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil

    Guillaume Apollinaire (1880 - 1918)

  13. #133
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    L’Amoureuse

    Elle est debout sur mes paupières
    Et ses cheveux sont dans les miens,
    Elle a la forme de mes mains,
    Elle a la couleur de mes yeux,
    Elle s’engloutit dans mon ombre
    Comme une pierre sur le ciel.
    Elle a toujours les yeux ouverts
    Et ne me laisse pas dormir.
    Ses rêves en pleine lumière
    Font s’évaporer les soleils,
    Me font rire, pleurer et rire,
    Parler sans avoir rien à dire.

    Paul Eluard

  14. #134
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    Un hémisphère dans une chevelure

    Laisse-moi respirer longtemps, longtemps, l'odeur de tes cheveux, y plonger tout mon visage, comme un homme altéré dans l'eau d'une source, et les agiter avec ma main comme un mouchoir odorant, pour secouer des souvenirs dans l'air.
    Si tu pouvais savoir tout ce que je vois! tout ce que je sens! tout ce que j'entends dans tes cheveux ! Mon âme voyage sur le parfum comme l'âme des autres hommes sur la musique.
    Tes cheveux contiennent tout un rêve, plein de voilures et de mâtures; ils contiennent de grandes mers dont les moussons me portent vers de charmants climats, où l'espace est plus bleu et plus profond, où l'atmosphère est parfumée par les fruits, par les feuilles et par la peau humaine.
    Dans l'océan de ta chevelure, j'entrevois un port fourmillant de chants mélancoliques, d'hommes vigoureux de toutes nations et de navires de toutes formes découpant leurs architectures fines et compliquées sur un ciel immense où se prélasse l'éternelle chaleur.
    Dans les caresses de ta chevelure, je retrouve les langueurs des longues heures passées sur un divan, dans la chambre d'un beau navire, bercées par le roulis imperceptible du port, entre les pots de fleurs et les gargoulettes rafraîchissantes.
    Dans l'ardent foyer de ta chevelure, je respire l'odeur du tabac mêlé à l'opium et au sucre; dans la nuit de ta chevelure, je vois resplendir l'infini de l'azur tropical; sur les rivages duvetés de ta chevelure je m'enivre des odeurs combinées du goudron, du musc et de l'huile de coco.
    Laisse-moi mordre longtemps tes tresses lourdes et noires. Quand je mordille tes cheveux élastiques et rebelles, il me semble que je mange des souvenirs.

    Charles Baudelaire - Le Spleen de Paris

  15. #135
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    Contradictions

    Ils cohabitent en moi.
    Se battent sans qu’on le voie :
    Le passé le présent
    Le futur et maintenant
    L’illusion et le vrai
    Le maussade et le gai
    La bêtise la raison
    Et les oui et les non
    L’amour de ma personne
    Les dégoûts qu’elle me donne
    Les façades qu’on se fait
    Et ce qui derrière est
    Et les peurs qu’on avale
    Les courages qu’on étale
    Les envies de dire zut
    Et les besoins de lutte
    Et l’humain et la bête
    Et le ventre et la tête
    Les sens et la vertu
    Le caché et le nu
    L’aimable et le sévère
    Le prude et le vulgaire
    Le parleur le taiseux
    Le brave et le peureux
    Et le fier et le veule…
    Pour tout ça je suis seul.

    Esther Granek

  16. #136
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    L’ardeur

    Rire ou pleurer, mais que le coeur
    Soit plein de parfums comme un vase,
    Et contienne jusqu’à l’extase
    La force vive ou la langueur.
    Avoir la douleur ou la joie,
    Pourvu que le coeur soit profond
    Comme un arbre où des ailes font
    Trembler le feuillage qui ploie ;
    S’en aller pensant ou rêvant,
    Mais que le coeur donne sa sève
    Et que l’âme chante et se lève
    Comme une vague dans le vent.
    Que le coeur s’éclaire ou se voile,
    Qu’il soit sombre ou vif tour à tour,
    Mais que son ombre et que son jour
    Aient le soleil ou les étoiles…

    Anna de Noailles

  17. #137
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    hommage à un ami qui me touche profondément

    extrait du cercle des poètes disparus

    Ô Capitaine ! Mon Capitaine !
    Ô Capitaine ! Mon Capitaine ! Notre voyage effroyable est terminé
    Le vaisseau a franchi tous les caps, la récompense recherchée est gagnée
    Le port est proche, j'entends les cloches, la foule qui exulte,
    Pendant que les yeux suivent la quille franche, le vaisseau lugubre et audacieux.
    Mais ô cœur ! cœur ! cœur !
    Ô les gouttes rouges qui saignent
    Sur le pont où gît mon Capitaine,
    Étendu, froid et sans vie.
    L'important ce n'est pas d'ajouter des années à sa vie, mais plutôt de la vie à ses années.

  18. #138
    Petit Solo Avatar de Des mots
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    C'est

    C’est la réalité des photos qui sont sur mon cœur que je veux
    Cette réalité seule elle seule et rien d’autre
    Mon cœur le répète sans cesse comme une bouche d’orateur et le redit
    À chaque battement
    Toutes les autres images du monde sont fausses
    Elles n’ont pas d’autre apparence que celle des fantômes
    Le monde singulier qui m’entoure métallique végétal
    Souterrain
    Ô vie qui aspire le soleil matinal
    Cet univers singulièrement orné d’artifices
    N’est-ce point quelque œuvre de sorcellerie
    Comme on pouvait l’étudier autrefois
    À Tolède
    Où fut l’école diabolique la plus illustre
    Et moi j’ai sur moi un univers plus précis plus certain
    Fait à ton image

    Guillaume Apollinaire

  19. #139
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    Les yeux

    Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
    Des yeux sans nombre ont vu l’aurore ;
    Ils dorment au fond des tombeaux
    Et le soleil se lève encore.
    Les nuits plus douces que les jours
    Ont enchanté des yeux sans nombre ;
    Les étoiles brillent toujours
    Et les yeux se sont remplis d’ombre.
    Oh ! qu’ils aient perdu le regard,
    Non, non, cela n’est pas possible !
    Ils se sont tournés quelque part
    Vers ce qu’on nomme l’invisible ;
    Et comme les astres penchants,
    Nous quittent, mais au ciel demeurent,
    Les prunelles ont leurs couchants,
    Mais il n’est pas vrai qu’elles meurent :
    Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
    Ouverts à quelque immense aurore,
    De l’autre côté des tombeaux
    Les yeux qu’on ferme voient encore.
    René-François Sully Prudhomme, La vie intérieure

  20. #140
    Petit Solo Avatar de Des mots
    Date d'inscription
    septembre 2014
    Sexe
    Femme
    Messages
    275
    Bien dans sa peau

    Paraît que pour être au plus haut
    faut se sentir bien dans sa peau.
    Si donc nous nous y sentons mal
    ça peut nous bouffer le moral
    et c’est porte ouverte aux dégâts…
    Aussi soyons de notre temps
    car qui voudrait tels embarras ?
    Solutionnons en nous soignant
    Ché pas si j’ai bien expliqué.
    P’têt’ qu’un ajout peut y aider…
    *
    Paraît que pour s’épanouir
    avant tout faut se définir.
    S’adore-t-on ? Quand ? Et comment ?
    Se déteste-t-on mêmement ?
    Si c’était les deux à la fois
    (car connaît-on ce qu’on engrange ?)
    faut en situer les pourquoi
    et clarifier un tel mélange.
    Ché pas si j’ai bien expliqué.
    P’têt’ qu’un ajout peut y aider…
    *
    Paraît que pour être serein
    faut pas jouer au p’tit malin.
    N’hésitons pas à exposer
    ce qui en nous fut enterré
    dans les entrailles du non-dit
    depuis peu, ou des décennies,
    et qui pourtant respire encore
    causant en nous le plus grand tort.
    Ché pas si j’ai bien expliqué.
    P’têt’ qu’un ajout peut y aider…
    *
    Paraît que pour tourner le dos
    aux dépressions et autres maux,
    faut réparer là où ça craque.
    Si vous pensez : “J’en ai ma claque.
    Je me croyais hier un génie
    et moins qu’une merde aujourd’hui”,
    pour vous sortir de ce micmac
    au plus tôt videz votre sac.
    Ché pas si j’ai bien expliqué.
    P’têt’ qu’un ajout peut y aider…
    *
    Paraît que pour s’équilibrer,
    en soi autant qu’en société,
    les procédés courent les rues.
    Y’a qu’à mettre son âme à nu
    et décortiquer sa substance.
    L’implication de mille traits
    s’entremêlant en permanence
    ne devrait pas vous affoler…
    Ché pas si j’ai bien expliqué.
    P’têt’ qu’un ajout… ?

    Esther Granek

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