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Discussion: Coin Poésie

  1. #41
    Super Solo Avatar de hominem
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    Complainte du verbe être

    Je serai je ne serai plus je serai ce caillou
    toi tu seras moi je serai je ne serai plus
    quand tu ne seras plus tu seras
    ce caillou.

    Quand tu seras ce caillou c’est déjà
    comme si tu étais n’étais plus,
    j’aurai perdu tu as perdu j’ai perdu
    d’avance. Je suis déjà déjà
    cette pierre trouée qui n’entend pas
    qui ne voit pas ne bouge plus.

    Bientôt hier demain tout de suite
    déjà je suis j’étais je serai
    cet objet trouvé inerte oublié
    sous les décombres ou dans le feu ou l’herbe froide
    ou dans la flaque d’eau, pierre poreuse
    qui simule un murmure ou siffle et qui se tait.

    Par l’eau par l’ombre et par le soleil submergé
    objet sans yeux sans lèvres noir sur blanc
    (l’œil mis-clos pour faire rire
    ou une seule dent pour faire peur)
    j’étais je serai je suis déjà
    la pierre solitaire oubliée là
    le mot le seul sans fin toujours le même ressassé.


    Jean Tardieux, Comme ceci comme cela, 1979.
    faut voir

  2. #42
    Supra Solo
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    Ayé! du 77!! (et un bout d'coeur dans l'05)
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    Pour les classiques.


    L'albatros

    Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
    Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
    Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
    Le navire glissant sur les gouffres amers.

    A peine les ont-ils déposés sur les planches,
    Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
    Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
    Comme des avirons traîner à côté d'eux.

    Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
    Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
    L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
    L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

    Le Poète est semblable au prince des nuées
    Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
    Exilé sur le sol au milieu des huées,
    Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

    Baudelaire.


    Impromptu

    (En réponse à la question : Qu'est-ce que la Poésie ? )

    Chasser tout souvenir et fixer sa pensée,
    Sur un bel axe d'or la tenir balancée,
    Incertaine, inquiète, immobile pourtant,
    Peut-être éterniser le rêve d'un instant ;
    Aimer le vrai, le beau, chercher leur harmonie ;
    Écouter dans son coeur l'écho de son génie ;
    Chanter, rire, pleurer, seul, sans but, au hasard ;
    D'un sourire, d'un mot, d'un soupir, d'un regard
    Faire un travail exquis, plein de crainte et de charme
    Faire une perle d'une larme :
    Du poète ici-bas voilà la passion,
    Voilà son bien, sa vie et son ambition.

    Alfred de Musset.
    Assainir le passé et profiter du présent pour préparer l'avenir. Allez, avenir, bouge-toi encore un peu... J'ai enfin dans les mains aujourd'hui, mon avenir d'hier. Je continue.

  3. #43
    Super Solo
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    Mon rêve familier

    Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
    D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime
    Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
    Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.

    Car elle me comprend, et mon coeur, transparent
    Pour elle seule, hélas ! cesse d'être un problème
    Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
    Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

    Est-elle brune, blonde ou rousse ? - Je l'ignore.
    Son nom ? Je me souviens qu'il est doux et sonore
    Comme ceux des aimés que la Vie exila.

    Son regard est pareil au regard des statues,
    Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
    L'inflexion des voix chères qui se sont tues

    Verlaine.

  4. #44
    Super Solo Avatar de vavas2000
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    Sonnets pour Hélène:

    Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle,
    Assise auprès du feu, dévidant et filant,
    Direz chantant mes vers, en vous émerveillant :
    « Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle. »

    Lors vous n’aurez servante oyant telle nouvelle,
    Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
    Qui au bruit de Ronsard ne s’aille réveillant,
    Bénissant votre nom de louange immortelle.

    Je serai sous la terre, et fantôme sans os
    Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ;
    Vous serez au foyer une vieille accroupie,

    Regrettant mon amour et votre fier dédain.
    Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
    Cueilllez dès aujourd’hui les roses de la vie.

    Pierre de Ronsard
    Vous savez ce que dit une Vavache quand elle meugle? ............. Coin Coin :)

  5. #45
    Super Solo Avatar de vavas2000
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    A une passante

    La rue assourdissante autour de moi hurlait.
    Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
    Une femme passa, d'une main fastueuse
    Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

    Agile et noble, avec sa jambe de statue.
    Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
    Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
    La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

    Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
    Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
    Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

    Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
    Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
    Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !

    Charles Beaudelaire
    Vous savez ce que dit une Vavache quand elle meugle? ............. Coin Coin :)

  6. #46
    Super Solo Avatar de vavas2000
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    Chanson d'automne

    Les sanglots longs
    Des violons
    De l'automne
    Blessent mon coeur
    D'une langueur
    Monotone.

    Tout suffocant
    Et blême, quand
    Sonne l'heure,
    Je me souviens
    Des jours anciens
    Et je pleure

    Et je m'en vais
    Au vent mauvais
    Qui m'emporte
    Deçà, delà,
    Pareil à la
    Feuille morte.

    Paul Verlaine
    Vous savez ce que dit une Vavache quand elle meugle? ............. Coin Coin :)

  7. #47
    Super Solo Avatar de moietmoi
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    Agir , je viens

    Poussant la porte en toi, je suis entré
    Agir, je viens
    Je suis là
    Je te soutiens
    Tu n' es plus à l' abandon
    Tu n' es plus en difficulté
    Ficelles déliées, tes difficultés tombent
    Le cauchemar d' où tu reviens hagarde n' est plus
    Je t' épaule
    Tu poses avec moi
    Le pied sur le premier degré de l' escalier sans fin
    Qui te porte
    Qui te monte
    Qui t' accomplit.

    Je t' apaise
    Je fais des nappes de paix en toi
    Je fais du bien à l' enfant de ton rêve
    (....)

    J' ai lavé le visage de ton avenir.

    Henri Michaud

  8. #48
    Super Solo Avatar de hominem
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    Citation Envoyé par vavas2000 Voir le message
    Sonnets pour Hélène:

    Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle,
    Assise auprès du feu, dévidant et filant,
    Direz chantant mes vers, en vous émerveillant :
    « Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle. »

    Lors vous n’aurez servante oyant telle nouvelle,
    Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
    Qui au bruit de Ronsard ne s’aille réveillant,
    Bénissant votre nom de louange immortelle.

    Je serai sous la terre, et fantôme sans os
    Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ;
    Vous serez au foyer une vieille accroupie,

    Regrettant mon amour et votre fier dédain.
    Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
    Cueilllez dès aujourd’hui les roses de la vie.

    Pierre de Ronsard
    Et celle de Raymond Queneau sur le mode Ronsard, vous connaissez ?
    faut voir

  9. #49
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    Citation Envoyé par hominem Voir le message
    Et celle de Raymond Queneau sur le mode Ronsard, vous connaissez ?
    Raymond Queneau, L'instant fatal


    Si tu t'imagines
    si tu t'imagines
    fillette fillette
    si tu t'imagines
    xa va xa va xa
    va durer toujours
    la saison des za
    la saison des za
    saison des amours
    ce que tu te goures
    fillette fillette
    ce que tu te goures
    Si tu crois petite
    si tu crois ah ah
    que ton teint de rose
    ta taille de guêpe
    tes mignons biceps
    tes ongles d'émail
    ta cuisse de nymphe
    et ton pied léger
    si tu crois petite
    xa va xa va xa va
    va durer toujours
    ce que tu te goures
    fillette fillette
    ce que tu te goures
    les beaux jours s'en vont
    les beaux jours de fête
    soleils et planètes
    tournent tous en rond
    mais toi ma petite
    tu marches tout droit
    vers sque tu vois pas
    très sournois s'approchent
    la ride véloce
    la pesante graisse
    le menton triplé
    le muscle avachi
    allons cueille cueille
    les roses les roses
    roses de la vie
    et que leurs pétales
    soient la mer étale
    de tous les bonheurs
    allons cueille cueille
    si tu le fais pas
    ce que tu te goures
    fillette fillette
    ce que tu te goures

    en version chantée par Juliette Gréco

    -https://www.youtube.com/watch?v=3PdwfO6LotY
    faut voir

  10. #50
    Super Solo Avatar de hominem
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    Citation Envoyé par kimamila Voir le message
    LE PONT MIRABEAU

    Sous le pont Mirabeau coule la Seine
    Et nos amours
    Faut-il qu'il m'en souvienne
    La joie venait toujours après la peine

    Vienne la nuit sonne l'heure
    Les jours s'en vont je demeure

    Les mains dans les mains restons face à face
    Tandis que sous
    Le pont de nos bras passe
    Des éternels regards l'onde si lasse

    Vienne la nuit sonne l'heure
    Les jours s'en vont je demeure

    L'amour s'en va comme cette eau courante
    L'amour s'en va
    Comme la vie est lente
    Et comme l'Espérance est violente

    Vienne la nuit sonne l'heure
    Les jours s'en vont je demeure

    Passent les jours et passent les semaines
    Ni temps passé
    Ni les amours reviennent
    Sous le pont Mirabeau coule la Seine

    Vienne la nuit sonne l'heure
    Les jours s'en vont je demeure


    Guillaume Apollinaire
    Mise en musique et chanté par L.. F?rré :
    -https://www.youtube.com/watch?v=UGCP91oGitA
    faut voir

  11. #51
    Supra Solo Avatar de kimamila
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    Poème coquin de 1660… de la Marquise de Grignan, fille de Mme de Sévigné.
    Est-il authentique ?
    Peu importe, c'est joliment écrit !!


    Ah ! vous dirais-je Maman
    A quoi nous passons le temps
    Avec mon cousin Eugène ?
    Sachez que ce phénomène
    Nous a inventé un jeu
    Auquel nous jouons tous les deux.

    Il m'emmène dans le bois
    Et me dit: "déshabille-toi ".
    Quand je suis nue tout entière,
    Il me fait coucher par terre,
    Et de peur que je n'aie froid
    Il vient se coucher sur moi.

    Puis il me dit d'un ton doux :
    "Écarte bien tes genoux"
    Et la chose va vous faire rire
    Il embrasse ma tirelire
    Oh ! vous conviendrez Maman
    Qu'il a des idées vraiment !

    Puis il sort, je ne sais d'où
    Un petit animal très doux,
    Une espèce de rat sans pattes
    Qu'il me donne et que je flatte.
    Oh ! le joli petit rat !
    D'ailleurs, il vous le montrera.

    Et c'est juste à ce moment
    Que le jeu commence vraiment.
    Eugène prend sa petite bête
    Et la fourre dans une cachette
    Qu'il a trouvée, le farceur,
    Où vous situez mon honneur.

    Mais ce petit rat curieux,
    Très souvent devient furieux.
    Voilà qu'il sort et qu'il rentre
    Et qu'il me court dans le ventre.
    Mon cousin a bien du mal
    A calmer son animal.

    Complètement essoufflé,
    Il essaye de le rattraper.
    Moi je ris à perdre haleine
    Devant les efforts d'Eugène.
    Si vous étiez là, Maman
    Vous ririez pareillement.

    Au bout de quelques instants
    Le petit rat sort en pleurant.
    Alors Eugène qui a la tremblotte
    Le remet dans sa redingote.
    Et puis tous deux, nous rentrons
    Sagement à la maison.

    Mon cousin est merveilleux
    Il connait des tas de jeux
    Demain soir, sur la carpette
    Il doit m'apprendre la levrette
    Si vraiment c'est amusant
    Je vous l'apprendrai en rentrant.

    Voici ma chère Maman
    Comment je passe mon temps.
    Vous voyez je suis très sage.
    Je fuis tous les bavardages
    Et j'écoute vos leçons :
    Je ne parle pas aux garçons.

    Ma façon d'être différent c'est simplement d'être moi même.
    Car la vie est un bien perdu si on n'a pas vécu comme on l'aurait voulu.

  12. #52
    Super Solo Avatar de hominem
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    POÈME LIMINAIRE
    À L.-G. DAMAS

    Vous Tirailleurs Sénégalais, mes frères noirs à la main chaude sous la glace et la mort
    Qui pourra vous chanter si ce n’est votre frère d’armes, votre frère de sang ?

    Je ne laisserai pas la parole aux ministres, et pas aux généraux
    Je ne laisserai pas — non ! — les louanges de mépris vous enterrer furtivement.
    Vous n’êtes pas des pauvres aux poches vides sans honneur
    Mais je déchirerai les rires banania sur tous les murs de France.

    Car les poètes chantaient les fleurs artificielles des nuits de Montparnasse
    Ils chantaient la nonchalance des chalands sur les canaux de moire et de simarre
    Ils chantaient le désespoir distingué des poètes tuberculeux
    Car les poètes chantaient les rêves des clochards sous l’élégance des ponts blancs
    Car les poètes chantaient les héros, et votre rire n’était pas sérieux, votre peau noire pas classique.

    Ah ! ne dites pas que je n’aime pas la France — je ne suis pas la France, je le sais —
    Je sais que ce peuple de feu, chaque fois qu’il a libéré ses mains
    A écrit la fraternité sur la première page de ses monuments
    Qu’il a distribué la faim de l’esprit comme de la liberté
    À tous les peuples de la terre conviés solennellement au festin catholique.
    Ah ! ne suis-je pas assez divisé ? Et pourquoi cette bombe
    Dans le jardin si patiemment gagné sur les épines de la brousse ?
    Pourquoi cette bombe sur la maison édifiée pierre à pierre ?

    Pardonne-moi, Sira-Badral [1], pardonne étoile du Sud de mon sang
    Pardonne à ton petit-neveu s’il a lancé sa lance pour les seize sons du sorong [2]
    Notre noblesse nouvelle est non de dominer notre peuple, mais d’être son rythme et son cœur
    Non de paître les terres, mais comme le grain de millet de pourrir dans la terre
    Non d’être la tête du peuple, mais bien sa bouche et sa trompette.

    Qui pourra vous chanter si ce n’est votre frère d’armes, votre frère de sang
    Vous Tirailleurs Sénégalais, mes frères noirs à la main chaude, couchés sous la glace et la mort ?

    Paris, avril 1940

    Léopold Sédar Senghor

    in hosties noires [1948] dans Oeuvres poètiques,
    faut voir

  13. #53
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    La terre est bleue

    La terre est bleue comme une orange
    Jamais une erreur les mots ne mentent pas
    Ils ne vous donnent plus à chanter
    Au tour des baisers de s’entendre
    Les fous et les amours
    Elle sa bouche d’alliance
    Tous les secrets tous les sourires
    Et quels vêtements d’indulgence
    À la croire toute nue.

    Les guêpes fleurissent vert
    L’aube se passe autour du cou
    Un collier de fenêtres
    Des ailes couvrent les feuilles
    Tu as toutes les joies solaires
    Tout le soleil sur la terre
    Sur les chemins de ta beauté.

    Paul Eluard, L’amour la poésie, 1929

  14. #54
    Supra Solo Avatar de Terra
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    Citation Envoyé par hominem Voir le message
    Mise en musique et chanté par L.. F?rré :
    -https://www.youtube.com/watch?v=UGCP91oGitA
    et Serge Réggiani
    Seuls les poissons morts vont avec le courant.

  15. #55
    Supra Solo Avatar de Terra
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    Et celle-là, j'avais réussi à l'apprendre par coeur à l'école .

    LIBERTE
    Sur mes cahiers d’écolier
    Sur mon pupitre et les arbres
    Sur le sable sur la neige
    J’écris ton nom
    Sur toutes les pages lues
    Sur toutes les pages blanches
    Pierre sang papier ou cendre
    J’écris ton nom
    Sur les images dorées
    Sur les armes des guerriers
    Sur la couronne des rois
    J’écris ton nom
    Sur la jungle et le désert
    Sur les nids sur les genêts
    Sur l’écho de mon enfance
    J’écris ton nom
    Sur les merveilles des nuits
    Sur le pain blanc des journées
    Sur les saisons fiancées
    J’écris ton nom
    Sur tous mes chiffons d’azur
    Sur l’étang soleil moisi
    Sur le lac lune vivante
    J’écris ton nom
    Sur les champs sur l’horizon
    Sur les ailes des oiseaux
    Et sur le moulin des ombres
    J’écris ton nom
    Sur chaque bouffée d’aurore
    Sur la mer sur les bateaux
    Sur la montagne démente
    J’écris ton nom
    Sur la mousse des nuages
    Sur les sueurs de l’orage
    Sur la pluie épaisse et fade
    J’écris ton nom
    Sur les formes scintillantes
    Sur les cloches des couleurs
    Sur la vérité physique
    J’écris ton nom
    Sur les sentiers éveillés
    Sur les routes déployées
    Sur les places qui débordent
    J’écris ton nom
    Sur la lampe qui s’allume
    Sur la lampe qui s’éteint
    Sur mes maisons réunies
    J’écris ton nom
    Sur le fruit coupé en deux
    Du miroir et de ma chambre
    Sur mon lit coquille vide
    J’écris ton nom
    Sur mon chien gourmand et tendre
    Sur ses oreilles dressées
    Sur sa patte maladroite
    J’écris ton nom
    Sur le tremplin de ma porte
    Sur les objets familiers
    Sur le flot du feu béni
    J’écris ton nom
    Sur toute chair accordée
    Sur le front de mes amis
    Sur chaque main qui se tend
    J’écris ton nom
    Sur la vitre des surprises
    Sur les lèvres attentives
    Bien au-dessus du silence
    J’écris ton nom
    Sur mes refuges détruits
    Sur mes phares écroulés
    Sur les murs de mon ennui
    J’écris ton nom
    Sur l’absence sans désir
    Sur la solitude nue
    Sur les marches de la mort
    J’écris ton nom
    Sur la santé revenue
    Sur le risque disparu
    Sur l’espoir sans souvenir
    J’écris ton nom
    Et par le pouvoir d’un mot
    Je recommence ma vie
    Je suis né pour te connaître
    Pour te nommer
    Liberté.

    Paul Eluard
    Dernière modification par Terra ; 18/09/2014 à 20h54. Motif: nom de l'auteur
    Seuls les poissons morts vont avec le courant.

  16. #56
    Super Solo Avatar de moietmoi
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    Citation Envoyé par Apollo11 Voir le message
    
    La terre est bleue

    La terre est bleue comme une orange
    Jamais une erreur les mots ne mentent pas
    Ils ne vous donnent plus à chanter
    Au tour des baisers de s’entendre
    Les fous et les amours
    Elle sa bouche d’alliance
    Tous les secrets tous les sourires
    Et quels vêtements d’indulgence
    À la croire toute nue.

    Les guêpes fleurissent vert
    L’aube se passe autour du cou
    Un collier de fenêtres
    Des ailes couvrent les feuilles
    Tu as toutes les joies solaires
    Tout le soleil sur la terre
    Sur les chemins de ta beauté.

    Paul Eluard, L’amour la poésie, 1929
    AH comment se faire couper l' herbe sous le pied, je n' ai pas eu le courage de le taper hier soir!

  17. #57
    Super Solo Avatar de mariezoé
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    Il pleut doucement sur la ville.

    (Arthur Rimbaud)


    Il pleure dans mon cœur
    Comme il pleut sur la ville,
    Quelle est cette langueur
    Qui pénètre mon cœur ?

    Ô bruit doux de la pluie
    Par terre et sur les toits !
    Pour un cœur qui s'ennuie,
    Ô le chant de la pluie !

    Il pleure sans raison
    Dans ce cœur qui s'écœure.
    Quoi ! nulle trahison ?
    Ce deuil est sans raison.


    C’est bien la pire peine
    De ne savoir pourquoi,
    Sans amour et sans haine,
    Mon cœur a tant de peine !
    "Une vie ne vaut rien mais rien ne vaut une vie.":love: .... (André Malraux)

  18. #58
    Super Solo
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    Citation Envoyé par moietmoi Voir le message
    AH comment se faire couper l' herbe sous le pied, je n' ai pas eu le courage de le taper hier soir!
    ha ben!

    moi je fais du copier/coller à partir du texte trouvé sur le net...

    ça va plus vite!


    pis c'est pas grave si il y a des doublons...

  19. #59
    Super Solo Avatar de paolo
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    La pluie a son mot à dire

    Pourrais-tu lire le livre de ma peau
    Écrit en hiéroglyphes minuscules
    Le livre de ma peau de femme
    Toujours ouvert
    À la page du temps qu'il fait

    Pourrais-tu me dire si mon visage

    Respire encore l'air vicié

    De vos mondes barrés de frontières

    Vos mondes en diamant paillettes et pacotille

    Dont vous êtes si fiers

    Avec mes griffes d'abeille

    Butinant les meilleurs nectars de tout monde

    Je creuse des trous dans vos murs sans fond

    Vos murs de l'attente

    Je dessine des ailes d'oiseau comme

    Des mots légers mots minuscules

    Qui ne pèsent jamais le poids du sens

    Ma peau mon visage

    Comme des dunes de sable

    Veillent la goutte d'eau tombée du ciel

    Pour étancher cette soif insatiable

    De fraîcheur et d'air

    Pur bonheur

    Qui effleure le fil du temps

    Tanella Boni
    Le bonheur c'est comme un arc-en-ciel, il faut de la pluie et du soleil pour en voir les couleurs.

    Avec le regard simple, revient la force pure.
    Christian Bobin

  20. #60
    Supra Solo Avatar de kimamila
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    Rappelle-toi Barbara

    Rappelle-toi Barbara
    Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
    Et tu marchais souriante
    Epanouie ravie ruisselante
    Sous la pluie
    Rappelle-toi Barbara
    Il pleuvait sans cesse sur Brest
    Et je t'ai croisée rue de Siam
    Tu souriais
    Et moi je souriais de même
    Rappelle-toi Barbara
    Toi que je ne connaissais pas
    Toi qui ne me connaissais pas
    Rappelle-toi
    Rappelle toi quand même ce jour-là
    N'oublie pas
    Un homme sous un porche s'abritait
    Et il a crié ton nom
    Barbara
    Et tu as couru vers lui sous la pluie
    Ruisselante ravie épanouie
    Et tu t'es jetée dans ses bras
    Rappelle-toi cela Barbara
    Et ne m'en veux pas si je te tutoie
    Je dis tu à tous ceux que j'aime
    Même si je ne les ai vus qu'une seule fois
    Je dis tu à tous ceux qui s'aiment
    Même si je ne les connais pas
    Rappelle-toi Barbara
    N'oublie pas
    Cette pluie sage et heureuse
    Sur ton visage heureux
    Sur cette ville heureuse
    Cette pluie sur la mer
    Sur l'arsenal
    Sur le bateau d'Ouessant

    Oh Barbara
    Quelle connerie la guerre
    Qu'es-tu devenue maintenant
    Sous cette pluie de fer
    De feu d'acier de sang
    Et celui qui te serrait dans ses bras
    Amoureusement
    Est-il mort disparu ou bien encore vivant
    Oh Barbara
    Il pleut sans cesse sur Brest
    Comme il pleuvait avant
    Mais ce n'est plus pareil et tout est abîmé
    C'est une pluie de deuil terrible et désolée
    Ce n'est même plus l'orage
    De fer d'acier de sang
    Tout simplement des nuages
    Qui crèvent comme des chiens
    Des chiens qui disparaissent
    Au fil de l'eau sur Brest
    Et vont pourrir au loin
    Au loin très loin de Brest
    Dont il ne reste rien.


    Jacques Prévert
    Ma façon d'être différent c'est simplement d'être moi même.
    Car la vie est un bien perdu si on n'a pas vécu comme on l'aurait voulu.

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