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Discussion: Coin Poésie

  1. #281
    Super Solo Avatar de catleya
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    Car le mot, qu'on le sache, est un être vivant.
    La main du songeur vibre et tremble en l'écrivant;
    La plume, qui d'une aile allongeait l'envergure,
    Frémit sur le papier quand sort cette figure,
    Le mot, le terme, type on ne sait d'où venu,
    Face de l'invisible, aspect de l'inconnu;
    Créé, par qui? forgé, par qui? jailli de l'ombre;
    Montant et descendant dans notre tête sombre,
    Trouvant toujours le sens comme l'eau le niveau;
    Formule des lueurs flottantes du cerveau.
    Oui, vous tous, comprenez que les mots sont des choses.
    Ils roulent pêle-mêle au gouffre obscur des proses,
    Ou font gronder le vers, orageuse forêt.
    Du sphinx Esprit Humain le mot sait le secret.
    Le mot veut, ne veut pas, accourt, fée ou bacchante,
    S'offre, se donne ou fuit; devant Néron qui chante
    Ou Charles-Neuf qui rime, il recule hagard;
    Tel mot est un sourire, et tel autre un regard;
    De quelque mot profond tout homme est le disciple;
    Toute force ici-bas a le mot pour multiple;
    Moulé sur le cerveau, vif ou lent, grave ou bref,
    Le creux du crâne humain lui donne son relief;
    La vieille empreinte y reste auprès de la nouvelle;
    Ce qu'un mot ne sait pas, un autre le révèle;
    Les mots heurtent le front comme l'eau le récif;
    Ils fourmillent, ouvrant dans notre esprit pensif
    Des griffes ou des mains, et quelques-uns des ailes;
    Comme en un âtre noir errent des étincelles,
    Rêveurs, tristes, joyeux, amers, sinistres, doux,
    Sombre peuple, les mots vont et viennent en nous;
    Les mots sont les passants mystérieux de l'âme
    Chacun d'eux porte une ombre ou secoue une flamme;
    Chacun d'eux du cerveau garde une région;
    Pourquoi? c'est que le mot s'appelle Légion,
    C'est que chacun, selon l'éclair qui le traverse,
    Dans le labeur commun fait une oeuvre diverse;
    C'est que de ce troupeau de signes et de sons
    Qu'écrivant ou parlant, devant nous nous chassons,
    Naissent les cris, les chants, les soupirs, les harangues;
    C'est que, présent partout, nain caché sous les langues,
    Le mot tient sous ses pieds le globe et l'asservit;
    Et, de même que l'homme est l'animal où vit
    L'âme, clarté d'en haut par le corps possédée,
    C'est que Dieu fait du mot la bête de l'idée.
    Le mot fait vibrer tout au fond de nos esprits.
    Il remue, en disant: Béatrix, Lycoris,
    Dante au Campo-Santo, Virgile au Pausilippe.
    De l'océan pensée il est noir polype.
    Quand un livre jaillit d'Eschyle ou de Manou,
    Quand saint Jean à Patmos écrit sur son genou,
    On voit, parmi leurs vers pleins d'hydres et de stryges
    Des mots monstres ramper dans ces oeuvres prodiges.
    O main de l'impalpable! ô pouvoir surprenant!
    Mets un mot sur un homme, et l'homme frissonnant
    Sèche et meurt, pénétré par la force profonde;
    Attache un mot vengeur au flanc de tout un monde,
    Et le monde, entraînant pavois, glaive, échafaud,
    Ses lois, ses moeurs, ses dieux, s'écroule sous le mot.
    Cette toute-puissance immense sort des bouches.
    La terre est sous les mots comme un champ sous les mouches
    Le mot dévore, et rien ne résiste à sa dent.
    A son haleine, l'âme et la lumière aidant,
    L'obscure énormité lentement s'exfolie.
    Il met sa force sombre en ceux que rien ne plie;
    Caton a dans les reins cette syllabe: NON.
    Tous les grands obstinés, Brutus, Colomb, Zénon,
    Ont ce mot flamboyant qui luit sous leur paupière:
    Esperance ! - Il entr'ouvre une bouche de pierre
    Dans l'enclos formidable où les morts ont leur lit,
    Et voilà que don Juan pétrifié pâlit!
    Il fait le marbre spectre, il fait l'homme statue.
    Il frappe, il blesse, il marque, il ressuscite, il tue;
    Nemrod dit: "Guerre!" alors, du Gange à l'Illissus,
    Le fer luit, le sang coule. "Aimez-vous!" dit Jésus.
    Et ce mot à jamais brille et se réverbère
    Dans le vaste univers, sur tous, sur toi, Tibère,
    Dans les cieux, sur les fleurs, sur l'homme rajeuni,
    Comme le flamboiement d'amour de l'infini!
    Quand, aux jours où la terre entr'ouvrait sa corolle,
    Le premier homme dit la première parole,
    Le mot né de sa lèvre, et que tout entendit,
    Rencontra dans les cieux la lumière, et lui dit:
    "Ma soeur!
    Envole-toi! plane! sois éternelle!
    Allume l'astre! emplis à jamais la prunelle!
    Echauffe éthers, azurs, sphères, globes ardents;
    Eclaire le dehors, j'éclaire le dedans.
    Tu vas être une vie, et je vais être l'autre.
    Sois la langue de feu, ma soeur, je suis l'apôtre.
    Surgis, effare l'ombre, éblouis l'horizon,
    Sois l'aube; je te vaux, car je suis la raison;
    A toi les yeux, à moi les fronts. O ma soeur blonde,
    Sous le réseau Clarté tu vas saisir le monde;
    Avec tes rayons d'or, tu vas lier entre eux
    Les terres, les soleils, les fleurs, les flots vitreux,
    Les champs, les cieux; et moi, je vais lier les bouches;
    Et sur l'homme, emporté par mille essors farouches,
    Tisser, avec des fils d'harmonie et de jour,
    Pour prendre tous les coeurs, l'immense toile Amour.
    J'existais avant l'âme, Adam n'est pas mon père.
    J'étais même avant toi; tu n'aurais pu, lumière,
    Sortir sans moi du gouffre où tout rampe enchaîné;
    Mon nom est Fiat Lux, et je suis ton aîné!"
    Oui, tout-puissant! tel est le mot. Fou qui s'en joue!
    Quand l'erreur fait un noeud dans l'homme, il le dénoue.
    Il est foudre dans l'ombre et ver dans le fruit mûr.
    Il sort d'une trompette, il tremble sur un mur,
    Et Balthazar chancelle, et Jéricho s'écoule.
    Il s'incorpore au peuple, étant lui-même foule.
    Il est vie, esprit, germe, ouragan, vertu, feu;
    Car le mot, c'est le Verbe, et le Verbe, c'est Dieu.

    HUGO, Les Contemplations
    Laisse tomber la neige, on fera des boules demain...

  2. #282
    Super Solo Avatar de Melhy
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    Quelle bonne idée ce coin poésie Je commencerai par celui que j'arrive encore à réciter sans trou de mémoire après 20 ans

    Les pas

    Tes pas, enfants de mon silence,
    Saintement, lentement placés,
    Vers le lit de ma vigilance
    Procèdent muets et glacés.

    Personne pure, ombre divine,
    Qu'ils sont doux, tes pas retenus !
    Dieux !... tous les dons que je devine
    Viennent à moi sur ces pieds nus !

    Si, de tes lèvres avancées,
    Tu prépares pour l'apaiser,
    A l'habitant de mes pensées
    La nourriture d'un baiser,

    Ne hâte pas cet acte tendre,
    Douceur d'être et de n'être pas,
    Car j'ai vécu de vous attendre,
    Et mon cœur n'était que vos pas.

    Paul Valéry
    « L’orage rajeunit les fleurs. » (C. Baudelaire )

  3. #283
    Super Solo Avatar de Melhy
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    L' Âme du vin


    Un soir, l'âme du vin chantait dans les bouteilles:
    «Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité,
    Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles,
    Un chant plein de lumière et de fraternité!

    Je sais combien il faut, sur la colline en flamme,
    De peine, de sueur et de soleil cuisant
    Pour engendrer ma vie et pour me donner l'âme;
    Mais je ne serai point ingrat ni malfaisant,

    Car j'éprouve une joie immense quand je tombe
    Dans le gosier d'un homme usé par ses travaux,
    Et sa chaude poitrine est une douce tombe
    Où je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux.

    Entends-tu retentir les refrains des dimanches
    Et l'espoir qui gazouille en mon sein palpitant?
    Les coudes sur la table et retroussant tes manches,
    Tu me glorifieras et tu seras content;

    J'allumerai les yeux de ta femme ravie;
    A ton fils je rendrai sa force et ses couleurs
    Et serai pour le frêle athlète de la vie
    L'huile qui raffermit les muscles des lutteurs.

    En toi je tomberai, végétale ambroisie,
    Grain précieux jeté par l'éternel Semeur,
    Pour que de notre amour naisse la poésie
    Qui jaillira vers Dieu comme une rare fleur!»

    Baudelaire ("Les Fleurs du Mal" )
    « L’orage rajeunit les fleurs. » (C. Baudelaire )

  4. #284
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    Je dérive un peu, mais comment passer à coté de cette lettre, à lire une fois puis à relire en sautant les lignes paires

    Je suis très émue de vous dire que j’ai
    bien compris l’autre soir que vous aviez
    toujours une envie folle de me faire
    danser. Je garde le souvenir de votre
    baiser et je voudrais bien que ce soit
    là une preuve que je puisse être aimée
    par vous. Je suis prête à vous montrer mon
    affection toute désintéressée et sans cal-
    cul, et si vous voulez me voir aussi
    vous dévoiler sans artifice mon âme
    toute nue, venez me faire une visite.
    Nous causerons en amis, franchement.
    Je vous prouverai que je suis la femme
    sincère, capable de vous offrir l’affection
    la plus profonde comme la plus étroite
    amitié, en un mot la meilleure preuve
    que vous puissiez rêver, puisque votre
    âme est libre. Pensez que la solitude où j’ha-
    bite est bien longue, bien dure et souvent
    difficile. Ainsi en y songeant j’ai l’âme
    grosse. Accourez donc vite et venez me la
    faire oublier par l’amour où je veux me
    mettre



    GEORGE SAND
    « L’orage rajeunit les fleurs. » (C. Baudelaire )

  5. #285
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    Les Hommes

    Les hommes sont à la dimension de leurs actes
    C'est à la mesure de leur grandeur que leurs actes sont grands!
    Aux yeux des petits, les petites choses sont immenses;
    pour les grandes âmes, les grandes choses sont petites!
    Seul et partout sans ami.Quand l'objet que l'on cherche est sublime,qui peut aider à l'atteindre?
    Les désirs des âmes sont trop petits pour mériter que,pour eux,l'on s'entretue et s'épuise.
    Pour le pieux,mieux vaut affronter la mort au sombre visage que le mépris.
    Si l'on pouvait vivre à jamais, quel sens y aurait-il au courage
    Et puisqu'il faut que l'homme meurt,qu'au moins ce ne soit pas en lâche!

    Abou Ettaïeb El Moutanabi
    « L’orage rajeunit les fleurs. » (C. Baudelaire )

  6. #286
    Super Solo Avatar de paolo
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    Bienvenue Melhy dans ce coin. Tu démarres fort !!!

    La poésie nous offre la joie du voyage au coeur de toute la palette de nos émotions.

    Elle ouvre la voie à toutes les audaces et dérives aussi.

    Elles donnent tellement de saveur à ce voyage intérieur qui enchante nos coeurs et nos âmes.

    Dernière modification par paolo ; 08/02/2015 à 12h52.
    Le bonheur c'est comme un arc-en-ciel, il faut de la pluie et du soleil pour en voir les couleurs.

    Avec le regard simple, revient la force pure.
    Christian Bobin

  7. #287
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    Je t´aime

    Quand y a la mer et puis les ch´vaux
    Qui font des tours comme au ciné
    Mais qu´ dans tes bras, c´est bien plus beau
    Quand y a la mer et puis les ch´vaux

    Quand la raison n´a plus raison
    Et qu´ nos yeux jouent à s´ renverser
    Et qu´on n´ sait plus qui est l´ patron
    Quand la raison n´a plus raison

    Quand on rat´rait la fin du monde
    Et qu´on vendrait l´éternité
    Pour cette éternelle seconde
    Quand on rat´rait la fin du monde

    Quand le diable nous voit pâlir
    Quand y a plus moyen d´ dessiner
    La fleur d´amour qui va s´ouvrir
    Quand le diable nous voit pâlir

    Quand la machine a démarré
    Quand on n´ sait plus bien où l´on est
    Et qu´on attend c´ qui va s´ passer

    Je t´aime

    Je t´aime pour ta voix, pour tes yeux sur la nuit
    Pour ces cris que tu cries du fond des oreillers
    Et pour ce mouvement de la mer, pour ta vie
    Qui ressemble à la mer qui monte me noyer

    Je t´aime pour ton ventre où je vais te chercher
    Quand tu cherches des yeux la nuit qui se balance
    A mon creux qui te creuse et d´où ma vie blessée
    Coule comme un torrent dans le lit du silence

    Je t´aime pour ta gueule ouverte sur la nuit
    Quand ta sève montant comme du fond des ères
    Bouillonne dans ton ventre et que je te maudis
    D´être à la fois ma sœur, mon ange et ma Lumière

    Quand y a la mer et puis les ch´vaux
    Qui font des tours comme au ciné
    Mais qu´ dans tes bras, c´est bien plus beau
    Quand y a la mer et puis les ch´vaux

    Quand la raison n´a plus raison
    Et qu´ nos yeux jouent à s´ renverser
    Et qu´on n´ sait plus qui est l´ patron
    Quand la raison n´a plus raison

    Quand on rat´rait la fin du monde
    Et qu´on vendrait l´éternité
    Pour cette éternelle seconde
    Quand on rat´rait la fin du monde

    Quand le diable nous voit pâlir
    Quand y a plus moyen d´ dessiner
    La fleur d´amour qui va s´ouvrir
    Quand le diable nous voit pâlir

    Quand la machine a démarré
    Quand on n´ sait plus bien où l´on est
    Et qu´on attend c´ qui va s´ passer

    Je t´aime


    Léo Ferré
    Le bonheur c'est comme un arc-en-ciel, il faut de la pluie et du soleil pour en voir les couleurs.

    Avec le regard simple, revient la force pure.
    Christian Bobin

  8. #288
    Supra Solo Avatar de borriquita
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    Ah ! Ce Litsz !

    -https://www.youtube.com/watch?v=yaKa7fAjhxg


    Ce sont bien trouvés, quand même, ces deux là !
    Une femme qui de respecte ne déploie pas son BZ pour le premier venu. (nan, j'ai pas le bourdon, mais je gère)

  9. #289
    Super Solo Avatar de catleya
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    Citation Envoyé par borriquita Voir le message
    Ah ! Ce Litsz !

    -https://www.youtube.com/watch?v=yaKa7fAjhxg


    Ce sont bien trouvés, quand même, ces deux là !
    C'est avec Musset les lettres codées
    Laisse tomber la neige, on fera des boules demain...

  10. #290
    Supra Solo Avatar de borriquita
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    Ooops ... excuses, Paolo, j'ai encore détourné un post ... j'y arrive pas, c'est plus fort que moi !
    Une femme qui de respecte ne déploie pas son BZ pour le premier venu. (nan, j'ai pas le bourdon, mais je gère)

  11. #291
    Supra Solo Avatar de borriquita
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    Citation Envoyé par catleya Voir le message
    C'est avec Musset les lettres codées
    Re ooops !

    A la fois, ça m'étonne pas, j'ai un drôle de rapport au son ...
    Une femme qui de respecte ne déploie pas son BZ pour le premier venu. (nan, j'ai pas le bourdon, mais je gère)

  12. #292
    Super Solo Avatar de paolo
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    Citation Envoyé par borriquita Voir le message
    Re ooops !

    A la fois, ça m'étonne pas, j'ai un drôle de rapport au son ...
    Seulement au son tu es sûre ???


    Hakouna matata Borriquita, J'adore les détours, les échappées libres !
    Je suis servi là, après Mehly qui dérive, toi tu détournes !
    Merci, tu m'as fait bien rire !
    Dernière modification par paolo ; 08/02/2015 à 13h18.
    Le bonheur c'est comme un arc-en-ciel, il faut de la pluie et du soleil pour en voir les couleurs.

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    Christian Bobin

  13. #293
    Super Solo Avatar de paolo
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    La solitude

    Je suis d´un autre pays que le vôtre, d´une autre quartier, d´une autre solitude.
    Je m´invente aujourd´hui des chemins de traverse. Je ne suis plus de chez vous. J´attends des mutants.
    Biologiquement, je m´arrange avec l´idée que je me fais de la biologie : je pisse, j´éjacule, je pleure.
    Il est de toute première instance que nous façonnions nos idées comme s´il s´agissait d´objets manufacturés.
    Je suis prêt à vous procurer les moules. Mais...
    La solitude...
    La solitude...

    Les moules sont d´une texture nouvelle, je vous avertis. Ils ont été coulés demain matin.
    Si vous n´avez pas, dès ce jour, le sentiment relatif de votre durée, il est inutile de vous transmettre, il est inutile de regarder devant vous car devant c´est derrière, la nuit c´est le jour. Et...
    La solitude...
    La solitude...
    La solitude...

    Il est de toute première instance que les laveries automatiques, au coin des rues, soient aussi imperturbables que les feux d´arrêt ou de voie libre.
    Les flics du détersif vous indiqueront la case où il vous sera loisible de laver ce que vous croyez être votre conscience et qui n´est qu´une dépendance de l´ordinateur neurophile qui vous sert de cerveau. Et pourtant...
    La solitude...
    La solitude!

    Le désespoir est une forme supérieure de la critique. Pour le moment, nous l´appellerons "bonheur", les mots que vous employez n´étant plus "les mots" mais une sorte de conduit à travers lequel les analphabètes se font bonne conscience. Mais...
    La solitude...
    La solitude...
    La solitude, la solitude, la solitude...
    La solitude !

    Le Code Civil, nous en parlerons plus tard. Pour le moment, je voudrais codifier l´incodifiable. Je voudrais mesurer vos danaïdes démocraties. Je voudrais m´insérer dans le vide absolu et devenir le non-dit, le non-avenu, le non-vierge par manque de lucidité.
    La lucidité se tient dans mon froc !
    Dans mon froc !

    Léo Ferré
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    Christian Bobin

  14. #294
    Supra Solo Avatar de borriquita
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    Citation Envoyé par paolo Voir le message
    Seulement au son tu es sûre ???


    Hakouna matata Borriquita, J'adore les détours, les échappées libres ! Je suis servi là, après Mehly qui dérive, toi tu détournes !
    Merci, tu m'as fait bien rire !
    Heu ... nan, je reste optimiste ... enfin j'essaie ! Mais la dérive de l'optimist ne devrait pas inciter le détournement de mineur. Si, si, je te l'assure, je pense comme ça, là ! (bon, en principe, ça finit pas me passer ... mais quand ? et où ? ) ...ah, non, je vais m'écouter un Devos, ça va me calmer ... car rien n'est dit. Ni que bits.
    Une femme qui de respecte ne déploie pas son BZ pour le premier venu. (nan, j'ai pas le bourdon, mais je gère)

  15. #295
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    Ah on recommence à poster ici! C'est chouette!
    Oser, être soi, exister, vivre.

  16. #296
    Super Solo Avatar de moietmoi
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    Citation Envoyé par catleya Voir le message
    Car le mot, qu'on le sache, est un être vivant.
    La main du songeur vibre et tremble en l'écrivant;
    La plume, qui d'une aile allongeait l'envergure,
    Frémit sur le papier quand sort cette figure,
    Le mot, le terme, type on ne sait d'où venu,
    Face de l'invisible, aspect de l'inconnu;
    Créé, par qui? forgé, par qui? jailli de l'ombre;
    Montant et descendant dans notre tête sombre,
    Trouvant toujours le sens comme l'eau le niveau;
    Formule des lueurs flottantes du cerveau.
    Oui, vous tous, comprenez que les mots sont des choses.
    Ils roulent pêle-mêle au gouffre obscur des proses,
    Ou font gronder le vers, orageuse forêt.
    Du sphinx Esprit Humain le mot sait le secret.
    Le mot veut, ne veut pas, accourt, fée ou bacchante,
    S'offre, se donne ou fuit; devant Néron qui chante
    Ou Charles-Neuf qui rime, il recule hagard;
    Tel mot est un sourire, et tel autre un regard;
    De quelque mot profond tout homme est le disciple;
    Toute force ici-bas a le mot pour multiple;
    Moulé sur le cerveau, vif ou lent, grave ou bref,
    Le creux du crâne humain lui donne son relief;
    La vieille empreinte y reste auprès de la nouvelle;
    Ce qu'un mot ne sait pas, un autre le révèle;
    Les mots heurtent le front comme l'eau le récif;
    Ils fourmillent, ouvrant dans notre esprit pensif
    Des griffes ou des mains, et quelques-uns des ailes;
    Comme en un âtre noir errent des étincelles,
    Rêveurs, tristes, joyeux, amers, sinistres, doux,
    Sombre peuple, les mots vont et viennent en nous;
    Les mots sont les passants mystérieux de l'âme
    Chacun d'eux porte une ombre ou secoue une flamme;
    Chacun d'eux du cerveau garde une région;
    Pourquoi? c'est que le mot s'appelle Légion,
    C'est que chacun, selon l'éclair qui le traverse,
    Dans le labeur commun fait une oeuvre diverse;
    C'est que de ce troupeau de signes et de sons
    Qu'écrivant ou parlant, devant nous nous chassons,
    Naissent les cris, les chants, les soupirs, les harangues;
    C'est que, présent partout, nain caché sous les langues,
    Le mot tient sous ses pieds le globe et l'asservit;
    Et, de même que l'homme est l'animal où vit
    L'âme, clarté d'en haut par le corps possédée,
    C'est que Dieu fait du mot la bête de l'idée.
    Le mot fait vibrer tout au fond de nos esprits.
    Il remue, en disant: Béatrix, Lycoris,
    Dante au Campo-Santo, Virgile au Pausilippe.
    De l'océan pensée il est noir polype.
    Quand un livre jaillit d'Eschyle ou de Manou,
    Quand saint Jean à Patmos écrit sur son genou,
    On voit, parmi leurs vers pleins d'hydres et de stryges
    Des mots monstres ramper dans ces oeuvres prodiges.
    O main de l'impalpable! ô pouvoir surprenant!
    Mets un mot sur un homme, et l'homme frissonnant
    Sèche et meurt, pénétré par la force profonde;
    Attache un mot vengeur au flanc de tout un monde,
    Et le monde, entraînant pavois, glaive, échafaud,
    Ses lois, ses moeurs, ses dieux, s'écroule sous le mot.
    Cette toute-puissance immense sort des bouches.
    La terre est sous les mots comme un champ sous les mouches
    Le mot dévore, et rien ne résiste à sa dent.
    A son haleine, l'âme et la lumière aidant,
    L'obscure énormité lentement s'exfolie.
    Il met sa force sombre en ceux que rien ne plie;
    Caton a dans les reins cette syllabe: NON.
    Tous les grands obstinés, Brutus, Colomb, Zénon,
    Ont ce mot flamboyant qui luit sous leur paupière:
    Esperance ! - Il entr'ouvre une bouche de pierre
    Dans l'enclos formidable où les morts ont leur lit,
    Et voilà que don Juan pétrifié pâlit!
    Il fait le marbre spectre, il fait l'homme statue.
    Il frappe, il blesse, il marque, il ressuscite, il tue;
    Nemrod dit: "Guerre!" alors, du Gange à l'Illissus,
    Le fer luit, le sang coule. "Aimez-vous!" dit Jésus.
    Et ce mot à jamais brille et se réverbère
    Dans le vaste univers, sur tous, sur toi, Tibère,
    Dans les cieux, sur les fleurs, sur l'homme rajeuni,
    Comme le flamboiement d'amour de l'infini!
    Quand, aux jours où la terre entr'ouvrait sa corolle,
    Le premier homme dit la première parole,
    Le mot né de sa lèvre, et que tout entendit,
    Rencontra dans les cieux la lumière, et lui dit:
    "Ma soeur!
    Envole-toi! plane! sois éternelle!
    Allume l'astre! emplis à jamais la prunelle!
    Echauffe éthers, azurs, sphères, globes ardents;
    Eclaire le dehors, j'éclaire le dedans.
    Tu vas être une vie, et je vais être l'autre.
    Sois la langue de feu, ma soeur, je suis l'apôtre.
    Surgis, effare l'ombre, éblouis l'horizon,
    Sois l'aube; je te vaux, car je suis la raison;
    A toi les yeux, à moi les fronts. O ma soeur blonde,
    Sous le réseau Clarté tu vas saisir le monde;
    Avec tes rayons d'or, tu vas lier entre eux
    Les terres, les soleils, les fleurs, les flots vitreux,
    Les champs, les cieux; et moi, je vais lier les bouches;
    Et sur l'homme, emporté par mille essors farouches,
    Tisser, avec des fils d'harmonie et de jour,
    Pour prendre tous les coeurs, l'immense toile Amour.
    J'existais avant l'âme, Adam n'est pas mon père.
    J'étais même avant toi; tu n'aurais pu, lumière,
    Sortir sans moi du gouffre où tout rampe enchaîné;
    Mon nom est Fiat Lux, et je suis ton aîné!"
    Oui, tout-puissant! tel est le mot. Fou qui s'en joue!
    Quand l'erreur fait un noeud dans l'homme, il le dénoue.
    Il est foudre dans l'ombre et ver dans le fruit mûr.
    Il sort d'une trompette, il tremble sur un mur,
    Et Balthazar chancelle, et Jéricho s'écoule.
    Il s'incorpore au peuple, étant lui-même foule.
    Il est vie, esprit, germe, ouragan, vertu, feu;
    Car le mot, c'est le Verbe, et le Verbe, c'est Dieu.

    HUGO, Les Contemplations
    Ah ce Victor quel Homme!
    Oser, être soi, exister, vivre.

  17. #297
    Moyen Solo Avatar de Doyel
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    Ailleurs, dans mon cœur.
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    Crépuscule

    L'étang mystérieux, suaire aux blanches moires,
    Frisonne; au fond du bois la clairière apparaît ;
    Les arbres sont profonds et les branches sont noires ;
    Avez-vous vu Vénus à travers la forêt ?

    Avez-vous vu Vénus au sommet des collines ?
    Vous qui passez dans l'ombre, êtes-vous des amants ?
    Les sentiers bruns sont pleins de blanches mousselines;
    L'herbe s'éveille et parle aux sépulcres dormants.

    Que dit-il, le brin d'herbe ? et que répond la tombe ?
    Aimez, vous qui vivez ! on a froid sous les ifs.
    Lèvre, cherche la bouche ! aimez-vous ! la nuit tombe;
    Soyez heureux pendant que nous sommes pensifs.

    Dieu veut qu'on ait aimé. Vivez ! faites envie,
    O couples qui passez sous le vert coudrier.
    Tout ce que dans la tombe, en sortant de la vie,
    On emporta d'amour, on l'emploie à prier.

    Les mortes d'aujourd'hui furent jadis les belles.
    Le ver luisant dans l'ombre erre avec son flambeau.
    Le vent fait tressaillir, au milieu des javelles,
    Le brin d'herbe, et Dieu fait tressaillir le tombeau.

    La forme d'un toit noir dessine une chaumière;
    On entend dans les prés le pas lourd du faucheur;
    L'étoile aux cieux, ainsi qu'une fleur de lumière,
    Ouvre et fait rayonner sa splendide fraîcheur.

    Aimez-vous ! c'est le mois où les fraises sont mûres.
    L'ange du soir rêveur, qui flotte dans les vents,
    Mêle, en les emportant sur ses ailes obscures,
    Les prières des morts aux baisers des vivants.

    Victor HUGO

  18. #298
    Moyen Solo Avatar de papou28
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    Nous dormirons ensemble



    Que ce soit dimanche ou lundi
    Soir ou matin minuit midi
    Dans l’enfer ou le paradis
    Les amours aux amours ressemblent
    C’était hier que je t’ai dit
    Nous dormirons ensemble
    C’était hier et c’est demain
    Je n’ai plus que toi de chemin
    J’ai mis mon cœur entre tes mains
    Avec le tien comme il va l’amble
    Tout ce qu’il a de temps humain
    Nous dormirons ensemble
    Mon amour ce qui fut sera
    Le ciel est sur nous comme un drap
    J’ai refermé sur toi mes bras
    Et tant je t’aime que j’en tremble
    Aussi longtemps que tu voudras
    Nous dormirons ensemble

    Louis Aragon

  19. #299
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    Je suis fan de ce grand monsieur (grâce à qui j'ai eu une superbe note au bac français, ça doit jouer ) et de sa chute...

    PROPOS DES RUES


    Quand sur le boulevard je vais flâner un brin,
    Combien de fois j'entends, sans mourir de chagrin,
    Deux messieurs décorés, qui semblent fort capables,
    Causer, en se faisant des sourires aimables.

    PREMIER MONSIEUR DÉCORÉ

    Comment, c'est vous ?

    DEUXIÈME MONSIEUR DÉCORÉ

    Par quel hasard ?

    PREMIER MONSIEUR DÉCORÉ

    Et la santé ?

    DEUXIÈME MONSIEUR DÉCORÉ

    Pas mal, et vous ?

    PREMIER MONSIEUR DÉCORÉ

    Merci, très bien.

    DEUXIÈME MONSIEUR DÉCORÉ

    Quel temps superbe !

    PREMIER MONSIEUR DÉCORÉ

    S'il peut continuer, nous aurons un été
    Magnifique !

    DEUXIÈME MONSIEUR DÉCORÉ

    C'est vrai.

    PREMIER MONSIEUR DÉCORÉ

    Demain je vais à l'herbe !
    Dans ma propriété.

    DEUXIÈME MONSIEUR DÉCORÉ

    C'est le moment, tout part.

    PREMIER MONSIEUR DÉCORÉ

    Oui. - Chez moi les lilas ont un peu de retard ;
    Le fond de l'air est sec et les nuits sont très fraîches.

    DEUXIÈME MONSIEUR DÉCORÉ

    Voici la lune rousse. Aurez-vous bien des pêches ?

    PREMIER MONSIEUR DÉCORÉ

    Oui - pas mal.

    DEUXIÈME MONSIEUR DÉCORÉ

    Quoi de neuf, en outre ?

    PREMIER MONSIEUR DÉCORÉ

    Rien.

    DEUXIÈME MONSIEUR DÉCORÉ

    Madame
    Va bien ?

    PREMIER MONSIEUR DÉCORÉ

    Un peu grippée.

    DEUXIÈME MONSIEUR DÉCORÉ

    Oh ! par le temps qui court,
    Tout le monde est malade. - Avez-vous vu le drame
    De Machin ?

    PREMIER MONSIEUR DÉCORÉ

    Moi ? - Non pas - Qu'en dit-on ?

    DEUXIÈME MONSIEUR DÉCORÉ

    Presque un four.
    Ce n'est pas assez fait au courant de la plume.
    Ce n'est point du Sardou. Très fort, Sardou !

    PREMIER MONSIEUR DÉCORÉ

    Très fort !

    DEUXIÈME MONSIEUR DÉCORÉ

    Machin s'applique trop. C'est bon dans un volume,
    On y remarque moins le travail et l'effort ;
    Mais au théâtre il faut écrire comme on cause.

    PREMIER MONSIEUR DÉCORÉ

    Moi je reprends Feuillet. En voilà, de la prose !
    Quand à tous les faiseurs de livres d'aujourd'hui
    Je m'en prive. - Je n'ai plus l'âge où l'on peut lire
    Beaucoup ; et mon journal suffit à mon ennui.

    DEUXIÈME MONSIEUR DÉCORÉ

    Le journal... et... le sexe !...
    - Ils ont ce petit rire
    Par lequel on avoue un vice comme il faut. -

    DEUXIÈME MONSIEUR DÉCORÉ

    Et la table ?

    PREMIER MONSIEUR DÉCORÉ

    Oh ! ça non. - Je n'ai pas ce défaut.

    DEUXIÈME MONSIEUR DÉCORÉ

    Et vous vous occupez toujours de politique ?

    PREMIER MONSIEUR DÉCORÉ

    Beaucoup, c'est même là ma consolation !

    DEUXIÈME MONSIEUR DÉCORÉ

    Oh ! consacrer sa vie à la Chose publique,
    Certes, c'est une grande et noble ambition.
    Nous avons maintenant une fière phalange
    D'orateurs à la Chambre.

    PREMIER MONSIEUR DÉCORÉ

    Ils sont très forts, très forts.

    DEUXIÈME MONSIEUR DÉCORÉ

    Mais quel malheur que Thiers et Changarnier soient morts !
    A propos, lisez-vous ce Zola ?

    PREMIER MONSIEUR DÉCORÉ

    Quelle fange !!!

    DEUXIÈME MONSIEUR DÉCORÉ

    Et l'on viendra se plaindre après que tout est cher,
    Et qu'on fraude, et qu'on trompe, et qu'on vole, et qu'on pille !
    On sape la morale, on détruit la famille.
    Où tombons-nous ?

    PREMIER MONSIEUR DÉCORÉ

    Hélas !... Allons, adieu mon cher,
    L'heure me presse.

    DEUXIÈME MONSIEUR DÉCORÉ

    Adieu. Compliments à madame.

    PREMIER MONSIEUR DÉCORÉ

    Je n'y manquerai pas. Mes respects, s'il vous plaît,
    A votre demoiselle.
    - Et chacun s'en allait.-
    Et des prêtres savants disent qu'ils ont une âme !
    Et que s'il est un signe où l'on voit sûrement
    Qu'un Dieu fit naître l'homme au-dessus de la bête,
    C'est qu'il mit la pensée auguste dans sa tête,
    Et que ce noble esprit progresse incessamment !
    Mais voilà si longtemps que ce vieux monde existe,
    Et la sottise humaine obstinément persiste !
    Entre l'homme et le veau si mon cœur hésitait,
    Ma raison saurait bien le choix qu'il faudrait faire !
    Car je ne comprends pas, ô cuistres, qu'on préfère
    La bêtise qui parle à celle qui se tait !

    Guy de Maupassant
    « L’orage rajeunit les fleurs. » (C. Baudelaire )

  20. #300
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    Souvenir de la nuit du quatre

    L'enfant avait reçu deux balles dans la tête.
    Le logis était propre, humble, paisible, honnête;
    On voyait un rameau bénit sur un portrait.
    Une vieille grand-mère était là qui pleurait.
    Nous le déshabillions en silence. Sa bouche,
    Pâle, s'ouvrait ; la mort noyait son œil farouche ;
    Ses bras pendants semblaient demander des appuis.
    Il avait dans sa poche une toupie en buis.
    On pouvait mettre un doigt dans les trous de ses plaies.
    Avez-vous vu saigner la mûre dans les haies ?
    Son crâne était ouvert comme un bois qui se fend.
    L'aïeule regarda déshabiller l'enfant,
    Disant : "Comme il est blanc! approchez donc la lampe !
    Dieu ! ses pauvres cheveux sont collés sur sa tempe !"
    Et quand ce fut fini, le prit sur ses genoux.
    La nuit était lugubre; on entendait des coups
    De fusil dans la rue où l'on en tuait d'autres.
    - Il faut ensevelir l'enfant, dirent les nôtres.
    Et l'on prit un drap blanc dans l'armoire en noyer.
    L'aïeule cependant l'approchait du foyer,
    Comme pour réchauffer ses membres déjà roides.
    Hélas! ce que la mort touche de ses mains froides
    Ne se réchauffe plus aux foyers d'ici-bas!
    Elle pencha la tête et lui tira ses bas,
    Et dans ses vieilles mains prit les pieds du cadavre.
    "Est-ce que ce n'est pas une chose qui navre!
    Cria-t-elle ! monsieur, il n'avait pas huit ans !
    Ses maîtres, il allait en classe, étaient contents.
    Monsieur, quand il fallait que je fisse une lettre,
    C'est lui qui l'écrivait. Est-ce qu'on va se mettre
    A tuer les enfants maintenant? Ah! mon Dieu!
    On est donc des brigands ? Je vous demande un peu,
    Il jouait ce matin, là, devant la fenêtre!
    Dire qu'ils m'ont tué ce pauvre petit être!
    Il passait dans la rue, ils ont tiré dessus.
    Monsieur, il était bon et doux comme un Jésus.
    Moi je suis vieille, il est tout simple que je parte;
    Cela n'aurait rien fait à monsieur Bonaparte
    De me tuer au lieu de tuer mon enfant! "
    Elle s'interrompit, les sanglots l'étouffant,
    Puis elle dit, et tous pleuraient près de l'aïeule :
    "Que vais-je devenir à présent, toute seule?
    Expliquez-moi cela, vous autres, aujourd'hui.
    Hélas! je n'avais plus de sa mère que lui.
    Pourquoi l'a-t-on tué ? Je veux qu'on me l'explique.
    L'enfant n'a pas crié vive la République."
    Nous nous taisions, debout et graves, chapeau bas,
    Tremblant devant ce deuil qu'on ne console pas.

    Vous ne compreniez point, mère, la politique.
    Monsieur Napoléon, c'est son nom authentique,
    Est pauvre, et même prince; il aime les palais;
    Il lui convient d'avoir des chevaux, des valets,
    De l'argent pour son jeu, sa table, son alcôve,
    Ses chasses ; par la même occasion, il sauve
    La famille, l'église et la société;
    Il veut avoir Saint-Cloud, plein de roses l'été,
    Où viendront l'adorer les préfets et les maires,
    C'est pour cela qu'il faut que les vieilles grand-mères,
    De leurs pauvres doigts gris que fait trembler le temps,
    Cousent dans le linceul des enfants de sept ans.

    Hugo
    Laisse tomber la neige, on fera des boules demain...

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