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Interview de François de SINGLY, auteur de "Séparée - Vivre l'expérience de la rupture"

 François de SINGLY Parent-Solo : Vous êtes sociologue, professeur à l’Université Paris Descartes et directeur du CERLIS (CNRS). Vous avez écrit de nombreux ouvrages sur le couple et la famille, dont le dernier "Séparée - Vivre l'expérience de la rupture", qui parle et analyse le rôle des femmes dans les séparations : pourquoi les femmes sont-elles majoritairement à l'origine des ruptures ?

François de Singly : Pour comprendre pourquoi les femmes sont majoritairement à l’origine des séparations, il faut revenir un peu en arrière. Au début du XXème siècle, ce sont les femmes qui ont demandé à ce que les maris soient amoureux d’elles et qu’elles puissent aimer leurs maris. Ce sont elles qui ont lutté contre le mariage « arrangé ». Or dès lors que le mariage est amoureux, il devient fragile : il dure tant que les deux partenaires sont amoureux, sinon pourquoi rester ensemble. Aujourd’hui, cela n’a guère changé : ce sont toujours les femmes qui sont plus exigeantes, elles veulent que leur compagnon ou mari soit amoureux d’elle.

P.S. : Vous semblez faire de la séparation une étape émancipatrice pour les femmes : le divorce deviendrait un "passage obligé" pour l'épanouissement personnel, un acte féministe ?

FdS : La séparation peut être une forme d’émancipation féminine. Une femme n’a pas à rester avec son mari parce qu’elle n’a pas de ressources économiques, parce qu’elle est dépendante. L’amour libre (au sens de la possibilité de se séparer) c’est une des manières pour les femmes de démontrer qu’elles restent maîtresses de leur destin.

P.S. : J'ai envie de vous demander "Et l'amour dans tout ça ?"

FdS : L’amour est au centre, comme jamais. Mais ce n’est pas l’amour des contes de fées, ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. Non, l’amour d’aujourd’hui s’enracine dans l’amour courtois : la femme demande à être reconnue comme une personne, comme un individu, et non comme une future épouse et mère. Dès l’origine, l’amour a une durée indéterminé : il ne doit durer que tant que les deux partenaires s’aiment, aucune autre raison ne doit interférer.

P.S. : "Si l'un des partenaires se sent freiné dans son propre développement personnel, il préfère sortir du véhicule conjugal" : n'est-ce pas ce qu'on appelle parfois la société "kleenex" ?

FdS : Les séparations que certaines femmes demandent parce qu’elles pensent que leur compagnon ne les ont pas « suivies » ne prennent pas la forme de l’union « jetable ». Ces femmes sont déçues du manque d’attention pour ce qu’elles sont devenues, elles le disent à leur partenaire qui n’entend pas ou qui ne comprend pas. Elles rompent pour retrouver éventuellement un autre compagnon de voyage. Ce que nous apprend ce type de divorce c’est le fait qu’aucun des conjoints ne doit dormir pendant le voyage, se reposer sur les douces habitudes. Ce n’est pas le paysage qui change, c’est la conductrice elle-même !

P.S. : Passer de "femme de" à "ex de" n'est pas toujours facile socialement et économiquement : cependant les femmes ne surestiment-elles pas trop ces difficultés ?

FdS : Dans les longs récits, elles évoquent surtout les difficultés psychologiques à se reconstruire après, elles insistent très peu sur les difficultés matérielles. Elles le font dans d’autres espaces, notamment publics, pour obtenir des aides, ce qui est normal, tant que les inégalités de salaire hommes/femmes et de travail sont telles que la rupture est plus couteuse pour les femmes.

P.S. : On pourrait dire "dis moi la vie conjugale que tu as, je te dirai la séparation que tu vas vivre" ?

FdS : C’est le sens du livre. Tous les divorces ne se ressemblent pas. Ils diffèrent car ils reflètent la vie conjugale antérieure. La femme qui insiste sur le « nous » dans la vie conjugale demandera surtout à son mari de faire de même et sera déçue du faible investissement de son compagnon dans le « nous ». La femme qui insiste surtout sur son « je » sera plus exigeante sur le respect de son développement personnel, et rompra si elle estime que son homme ne la comprend plus.

P.S. : Après la séparation, il n'est pas rare qu'il y ait formation d'un nouveau couple : même modèle ou la femme a tiré les leçons de sa première expérience conjugale ?

FdS : Joker ! L’enquête ne permet pas de le dire. Ce qui est certain c’est que les femmes séparées n’expliquent pas du tout leur rupture en référence au modèle de vie conjugale de leurs parents. Elles ne pensent pas à ce type de continuité sur laquelle la psychanalyse insiste tant.

P.S. : C'est très souvent la difficulté dans le "processus de déconjugalisation" que nous lisons sur le forum de www.parent-solo.fr lorsqu'une personne s'y présente. Notre site ne participe-t-il pas à surmonter cela ?

FdS : Oui se séparer d’un conjoint n’a rien à voir avec se séparer d’un vieux téléphone ! La séparation est nécessairement une modalité de reconstruction identitaire. C’est pour cela que bien des femmes, comme le livre l’analyse, prennent appui sur des proches pour partager leur expérience de désenchantement, pour avoir une force supplémentaire pour ces moments difficiles. Les sites comme « parent-solo.fr » jouent le même rôle, celui d’un accompagnement, en offrant un espace d’échanges d’expériences. Chacune d’entre nous est unique, mais elle a besoin d’être soutenue, surtout dans les moments d’interrogation, dans les temps de bilan, dans les instants de fragilisation. Il y a toujours une dimension collective à l’histoire la plus personnelle.

Découvrir "Séparée - Vivre l'expérience de la rupture" de François de SINGLY

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(29/11/2011)

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