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Interview de Edwige Antier, auteur de Il est où mon papa ?

Edwige AntierParent-Solo : Vous êtes pédiatre, diplômée en psychopathologie de l'enfant, et auteur de nombreux ouvrages à succès sur ces sujets. Dans votre livre "Il est où mon papa ? L'enfant, le couple et la séparation", vous souhaitez être lue par les femmes ET les hommes, comme si chacune des parties pouvait y puiser de quoi mieux gérer la séparation dans l'intérêt des enfants ?

Oui, réfléchir à ce qui se passe dans la tête de notre enfant lorsqu’on se sépare est la première des responsabilités quand on est parent, mère ou père.

P.S. : Vous affirmez que si le législateur avance dans le sens du renforcement de la place du père, "il faut aussi que lui-même joue le jeu en ne déclarant pas la guerre à la mère", que le père ne dénigre pas la mère mais la soutienne : n'est-ce pas utopique dans des séparations très souvent très conflictuelles ?

Si c’était utopique, ce serait à désespérer des êtres humains ! Heureusement, je fête aujourd’hui mes 40 ans de pratique et je peux vous dire que les parents y parviennent quand ils ont un peu travaillé sur leurs émotions avant de se séparer, pendant la séparation, et toute leur vie qui va suivre…

P.S. : Comme vous le notez également, "bien des femmes préfèrent ne pas donner la moindre chance de retour au père", "en aucun cas, il ne faut essayer de rayer toute trace du père"

Lorsqu’une femme a été très déçue par les hommes (et cela peut remonter à loin, à son père…), elle peut avoir envie "d’être tranquille" comme elles me disent, avec leur enfant, croyant pouvoir "le protéger" des souffrances. Mais l’enfant cherchera toujours "le père". Mieux vaut s’appuyer sur tous les acteurs que la société propose : médecins, psychologues, juges, avocats pour garder sa place au père tout en définissant le mode de relation qui petit à petit rassure la mère.

P.S. : et "c'est à la mère de faire la place au père" :

Je ne dis pas cela car je pense que ce n’est pas à la femme, en plus de toute la mobilisation de son énergie vers l’enfant, de "faire la place au père". Le père est capable de faire sa place, mais pas en la décrétant de fait. Il doit suivre un chemin, je lui en donne les clés.

P.S. : Cette emprise des mères est dommageable ?

La tranquillité apparente qu’elles y gagnent se retourne souvent comme un boomerang contre elles à l’adolescence, l’enfant n’ayant alors qu’une référente contre laquelle se rebeller. C’est pourquoi les juges préservent de plus en plus le lien avec le père. Ce n’est pas une mode, mais une prévention des troubles des conduites à l’adolescence…

P.S. : Comment peut-on expliquer qu'un père ayant adhéré au désir d'enfant se sente incapable de devenir père lorsque l'enfant arrive ? Et pourquoi un enfant "désiré" ne garantit pas la pérennité du couple ?

C’est en effet étrange : après une conception par procréation assistée avec participation active du futur père, celui-ci peut fuir dès la grossesse ou dès la naissance… Il désirait la femme, désirait la rendre mère mais alors il est pris de panique. S’il se sent pris de ce vertige, avant d’abandonner tout le monde en rase campagne, sa vie se trouverait très enrichie d’un travail avec un psy pour revisiter ses relations avec sa propre mère, par exemple…

P.S. : Vous souhaiteriez plus de parité à la maison...pour le bon fonctionnement du couple, aussi ?

Absolument ! C’est en partageant les réveils nocturnes, la fatigue des courses à faire, en la disant belle, en apportant des fleurs, en délaissant son ordinateur à la maison pour raconter des histoires… que l’on comprend le "burn-out" mais aussi les grands moments de joie de sa compagne devenue aussi une mère.

P.S. : La césure conjugale est la plus fréquente quand le deuxième enfant atteint 2 ans : que se passe-t-il donc alors ?

Un épuisement du couple : pour le premier, on s’est émerveillés ensemble, puis on a fait le deuxième pour construire une famille, mais il est en général plus intrépide et bêtisier, parce que l’on est moins dans la découverte, on le laisse jouer tout seul, on gronde, on crie… le père rentre de plus en plus tard préférant le calme du bureau, le désir s’éteint… Il faut bien comprendre les ressorts de cette situation pour prévenir la crise, car si on l’a bien gérée, cette période passe et l’on redevient complices!

P.S. : Selon vous, "voir son parent à tout prix quand il y a un danger n'est pas une solution" : comment garder le lien dans ce cas ?

Un père, ou une mère vivant avec un compagnon dangereux, alcoolique, violent, ne sont pas fréquentables pour l’enfant. Le rencontrer en présence d’autres adultes, en lieu de médiation, le temps que cet homme prenne conscience et se soigne, peut être salvateur. Fréquenter la famille paternelle, parler du papa comme il apparaissait lorsqu’on voulait un enfant ensemble, garder les photos, le lien, jusqu’à l’âge adulte où l’enfant sera assez fort pour nouer un dialogue d’égal à égal, tout doit être fait dans cette perspective.

P.S. : Vous suggérez aux pères du WE de réserver tout leur temps à l'enfant sans faire la "fausse famille" (avec la "nouvelle"), afin de vivre des moments père-enfant privilégiés : pas facile alors de reconstruire une famille ?

On ne peut pas reconstruire une nouvelle famille au mépris des besoins du ou des premier(s) enfant(s). Quand l’enfant vient chez papa, c’est pour parler avec papa, partager des moments solos, pas pour avoir toujours une pièce rapportée qui le juge et accapare l’attention du père. Beaucoup d’enfants traînent des pieds parce qu’ils voudraient avoir des moments de tête à tête avec leur père.

P.S. : Que diriez-vous à des mamans qui n'ont pas la garde de leur enfant et qui vivent mal le regard que la société leur porte ?

Certaines mères acceptent - ou doivent se résigner à accepter - que la résidence soit chez le père parce qu’elles savent que leurs conditions de vie ne sont pas aussi favorables à l’enfant. Or elles peuvent être considérées par l’entourage comme des mères indignes… ce qui est très préjudiciable pour leur enfant. La seule solution est qu’il soit bien dit que c’est un arrangement modulable, avec des parents qui s’entendent bien.

P.S. : Sur notre site, www.parent-solo.fr, nous notons une fréquentation conséquente de papas solos : pensez-vous qu'il s'agisse d'une manifestation de leur souhait d'être de plus en plus pris en compte comme père, à égalité avec la mère dans les divorces ?

Oui, et ils ont bien raison. Mais qu’ils se souviennent de ma phrase magique pour conserver le lien : "Maman et moi, nous serons toujours des amis". Pas possible dans mon cas, pas maintenant, pas avec elle, pas après ce qu’elle m’a fait… ? Qu’ils lisent bien mon livre et ils comprendront comment y arriver, pour que leur vie de père ait du sens, leur enfant.

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