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Christine Kelly, présidente de la Fondation K d'Urgences : interview

Interview de Christine KellyParent-Solo : Vous êtes journaliste, membre du CSA et présidente de la Fondation K d'Urgences que vous avez récemment créée. En quelques mots, pouvez-vous nous expliquer pourquoi avoir créé cette Fondation et quelle est sa vocation ?

J’ai toujours été plus ou moins engagée au sein d’associations et, depuis très jeune, je donnais gratuitement des cours de mathématique à des jeunes en difficultés ; ensuite j’ai aidé des associations de personnes handicapées, et bien d’autres… Mais il y a une cause qui m’a souvent interpellée au fil de ma vie, c’est la situation des femmes en général, qui ont des enfants et les élèvent seules. Quel combat ! Quelle souffrance parfois ! Quelle fierté pour celles qui y arrivent ! Mais quelle honte pour la société qui ne prend pas suffisamment en compte cette partie de la population qui s’accroit à toute vitesse dans le silence absolu. Les hommes sont de plus en plus concernés et je ne les oublie pas, eux non plus, dans cet apprentissage de la vie de famille en papa solo.

La Fondation K d’urgences a pour but, d’aider les familles monoparentales en situation d’urgences et de porter haut leur cri jusqu’alors étouffé par le silence...

P.S. : Vous avez organisé le 7 avril 2011 un Colloque sur le thème "Familles monoparentales, parlons-en !" : avez-vous reçu un accueil favorable immédiat de la part des personnes que vous avez sollicitées pour y participer ?

C’est incroyable à expliquer. Pas une seule personne m’a dit non. Dès que je parle de mon combat, tout le monde pousse un ouf de soulagement en se disant, "ca y est, on en parle !". Il y avait un vrai besoin, criant. La Fondation n’aura pas la prétention de pouvoir aider tout le monde, ce serait faire fi de la réalité, mais a pour but de mettre la lumière sur ceux qui travaillent sur la question et de servir de relais vers les associations spécialisées. Plusieurs sont devenues partenaires de la Fondation K d’urgences.

P.S. : N'y a-t-il pas un décalage entre "l'enthousiasme" des intervenants et la maigre place que notre société fait aux familles en situation de monoparentalité ?

L’enthousiasme des intervenants s’explique par la possibilité d’avoir une tribune pour parler d’une réalité silencieuse. Mais aucun n’est dupe de la réalité et au contraire, ils ont souligné la complexité du sujet et du phénomène. Avant d’agir, il faut en parler, et pour en parler il faut venir avec sa passion pour les autres, qui peut se traduire par de l’enthousiasme.

P.S. : Quelles sont les principales carences de notre société, concernant les familles en situation de monoparentalité ?

Selon mon humble regard, je vois des carences au niveau de :

  • l’accès à la garde d’enfant,
  • l’accès à l’emploi,
  • l’accès au logement,
  • la perception réelle des pensions alimentaires,
  • des aides pas toujours ciblées,

et une dimension qu’on élude souvent, la dimension de détresse psychologique dans laquelle vivent ces parents solos.

P.S. : Quelles sont les "pouvoirs" les plus à même de remédier à cela : les politiques ? les entreprises ? les individus eux-mêmes via des initiatives solidaires ou autres ?

Le premier constat à faire c’est que ce sont les associations qui font le travail des politiques. Les associations créent des crèches, gardent les enfants, innovent pour venir en aide en tentant de faire face à la complexité des situations, mais …elles n’ont pas d’argent, ni de pouvoir, elles n’ont souvent que le cœur sur la main.

Les politiques devraient s’emparer de la question. Tout le monde est de près ou de loin concerné. Je ne cesserai pas mon combat tant que les politiques ne prendront pas un relais clair et net sur la question.

Quand on regarde de près, qui est au chômage ? surtout les familles monoparentales.

Qui sont les "clientes" des associations ? surtout les familles monoparentales.

Qui vit dans les logements sociaux ? surtout les familles monoparentales

Qui est victime de pauvreté ? de précarité ? surtout les familles monoparentales

Alors... Comment peut-on expliquer que les politiques ne regardent pas de plus près ce sujet pour s’en emparer ?

P.S. : Des solutions - pratiques, sociales, fiscales ou autres - ont-elles été esquissées au cours de ce colloque permettant de donner un peu d'espoir à ces familles, notamment les plus défavorisées ?

Oui des solutions ont été esquissées et proposées. Mais au risque de décevoir, le colloque s’intitulait "Familles monoparentales, parlons en !" car je veux qu’on prenne le temps de faire un vrai constat. Pas question de faire trop de propositions hâtives, juste pour en faire. On n’est pas à un jour près ; l’essentiel est de prendre le temps pour trouver non pas DES solutions mais LES bonnes solutions.

Pourquoi ne pas créer un groupe de travail pour étudier en profondeur, sur le long terme, comme une enquête journalistique, un vrai constat avant d’élaborer les solutions ? Voilà mon avis…

P.S. : Il y a "Urgences" dans certains cas, comme le dit clairement le nom de votre Fondation. Quels sont vos projets à très court terme ?

Mon premier projet est de lancer ma nouvelle opération, après le colloque, intitulée "2000 femmes pour 2012". L’idée est de m’engager, avec la fondation, d’inciter et d’aider 2000 femmes jusqu’a fin 2012 sur la garde d’enfants. Pourquoi les femmes ? Parce qu'elles constituent 85% des foyers monoparentaux, et peut être qu’après je lancerai le même thème sur les hommes, à suivre... Mais la garde d’enfant est pour moi l’axe prioritaire sur lequel je veux agir, en sachant que je n’ai pas la prétention de tout faire donc j’avance pas à pas.

P.S. : Comme votre Fondation s'inscrit dans la durée, vous avez dévoilé à l'issue de ce Colloque, votre projet "2000 femmes pour 2012". Pouvez-vous nous l'exposer ?

Justement ce projet consiste à travailler avec 10 villes partenaires, 5 entreprises et 10 associations. Le but ? Chacun participe sur la garde d’enfants. Les villes s’engagent à débloquer des places en crèches, à aider des femmes et à nous donner le chiffre des femmes aidées, mais aussi à nous envoyer des cas que la Fondation pourrait financer ponctuellement.

Les entreprises, (qui se font encore trop timides et j’attends des entreprises engagées et volontaires !) financent les aides à la garde d’enfants en soutenant financièrement K d’urgences.

Les associations sont les premiers partenaires, elles nous envoient des cas de femmes ayant besoin d’aides, et nous aussi nous leur envoyons des femmes afin qu’elles prennent le relais. Par exemple je peux envoyer une femme au sein d’une association de garde d’enfants puis la renvoyer au sein d’une autre association pour ses problèmes plus généraux…

P.S. : Le site www.parent-solo.fr s'est réjoui de participer à ce colloque, qui lui a permis de confirmer sa légitimité en matière de monoparentalité. De nouvelles collaborations sont-elles envisageables ?

La Fondation K d’urgences aimerait vous compter parmi ses associations partenaires (je ne vais pas vous cacher que j’ai déjà envoyé plusieurs personnes - hommes et femmes - sur votre site pour avoir des conseils juridiques, par exemple) et puis pourquoi pas nous suivre dans nos évolutions comme pour le lancement officiel de l’opération 2000 femmes pour 2012 que nous ferons avant l’été !

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