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Agnès Abécassis, auteur de Soirée sushi

Agnes AbecassisAgnès Abécassis, votre roman, "Soirée Sushi", sorti ces jours-ci raconte les aventures de femmes séparées ou divorcées. Après "Les tribulations d'une jeune divorcée", en 2005, "Au secours, il veut m'épouser !", en 2007, vous vous êtes fait une spécialité des familles monoparentales et recomposées. Pourquoi cet intérêt ?

Agnès Abécassis : Quasiment toutes mes amies proches élèvent seules leurs enfants, sans compter mes lectrices qui, depuis le succès des "Tribulations d’une jeune divorcée", me confient tout naturellement, par mail ou en salons du livre, leur expérience de la vie en solo. Je suis donc abreuvée, en permanence, de quantité d’anecdotes sur ce sujet, qui nourrissent mes intrigues, presque malgré moi. Non mais je crois qu’à un moment, il va falloir que je change un peu de copines ! (rires)

P.S. : On découvre Rébecca divorcée une seconde fois, Séraphine "cocufiée publiquement" et Hortense qui "a accepté de se laisser bouter hors de la vie de l'homme qui squattait la sienne" : 3 nouvelles solos, mais qu'est devenue Déborah de vos premiers romans ?

A.A. : Déborah vit heureuse et remariée avec son gentil Henri. Du coup, sa vie n’est plus très intéressante, d’un point de vue scénaristique. Ce nouveau roman tournant autour d’un dîner, il me fallait des vies plus chaotiques, pour insuffler un peu d’action.

P.S. : "Ca ne sert à rien l'amour ! Ca finit de toute façon un jour ou l'autre, après on se sent abandonnée, triste, comme une loque fripée qui vieillira seule entourée de ses chats" : quelle déprime ! Avez-vous pensé à acheter des chats ?!

A.A. : Quelle horreur, non ! (rires) Et puis je déteste les chats ! Plus sérieusement, je crois que lors d’une séparation, on passe par des états émotionnels un peu excessifs… cette phrase symbolise le genre de choses que l’on dit, et que l’on oublie aussitôt avoir dites en croisant un regard qui nous fait chavirer, quelques semaines ou quelques mois plus tard.

P.S. : Trêve de plaisanterie, les femmes n'auraient-elles pas toujours le défaut de douter de leur capacité à pouvoir s'en sortir seules ?

A.A. : Mais complètement ! Elles s’auto-maintiennent dans une certitude de vulnérabilité, sans même envisager que l’homme qu’elles espèrent, si solide en apparence, sera lui aussi tout aussi vulnérable, avec ses failles et ses fragilités. Et surtout, surtout, qu’elles possèdent infiniment plus de ressources en elles-mêmes qu’elles ne l’imaginent. Il faut qu’elles mettent tout en œuvre pour sortir de ce conditionnement millénaire, et qu’elles se concentrent sur leurs forces, au lieu de s’apitoyer sur leurs faiblesses.

P.S. : Pourquoi sont-elles si mal ces femmes sans hommes qui croient que "sans mec, pas de vie épanouie possible" ? Il faut juste trouver le bon, comme le dit l'une de vos héroïnes. Elisabeth Badinter, dans "Le conflit",

montre que notre société a du mal à accepter les femmes qui ne veulent pas d'enfants car elles ne sont pas dans la norme. Est-ce pareil pour les femmes seules ?

A.A. : Si la société accepte mal les femmes qui n’ont pas d’enfant, je trouve plus courageux de préférer ne pas en faire quelle qu’en soit la raison, plutôt que d’en pondre à la chaine sans comprendre l’immense responsabilité éducative et affective qui incombera désormais au parent, pour le reste de sa vie. Même chose pour les femmes seules. C’est vrai qu’il est difficile socialement pour une femme d’être célibataire, mais ce n’est pas forcément parce que ça l’est réellement, c’est aussi à cause de cette image de personne « incomplète » que leur renvoient les autres. Celle d’une femme à qui il manque forcément quelqu’un. C’est donc à nous de faire évoluer ces images figées dans le temps que la société nous impose.

P.S. : Marcelino, qu'Hortense a réussi à quitter, semble être un peu du genre "pervers narcissique", non ? Une violence psychologique qui fait souffrir de nombreuses femmes...

A.A. : Sans doute, j’ai lu quelques essais, à ce sujet, qui m’ont inspiré le personnage de Marcelino. L’addiction de la "victime" à son compagnon néfaste est comparable à celle d’un disciple dévoué au gourou d’une secte. L’autre prend insidieusement le contrôle de l’existence de son conjoint, qui ne réalisera combien il a été assujetti que lorsqu’il parviendra à s’extraire du vortex de leur relation. Ceci étant, je pense que nous sommes tous (ou avons été, ou serons), à des degrés divers et à des moments de nos vies, sous la dépendance affective d’une personne que l’on aime. Pas seulement son partenaire, ça peut aussi être un membre de sa famille ou de son entourage, pour laquelle on peut aller jusqu’à se renier soi-même.

P.S. : Vous évoquez aussi le mari de Séraphine qui aurait quitté sa femme, célèbre astrologue, trop indépendante selon lui. Est-ce une raison pour que les femmes restent rangées dans la case "ménagère" ?

A.A. : Evidemment que non. Le but pour les deux protagonistes, en formant un couple, est de trouver une certaine forme d’épanouissement. L’amour doit apporter un "plus" à sa vie, pas un "moins". Après, si son vice caché est d’adorer passer l’aspirateur ou si sa petite folie est de prendre son pied en repassant le linge, chacun ses goûts ! Mais le sacrifice de sa vie professionnelle, de ses centres d’intérêt, de ses aspirations, au profit de ceux de l’autre n’est jamais bon sur le long terme.

P.S. : Vous montrez aussi le passage des enfants à l'adolescence avec tous les bouleversements qui arrivent et "le cauchemar qui a vraiment commencé" pour les parents : c'est une véritable appréhension pour tous les parents, non ?

A.A. : Bon, n’exagérons rien. Le passage que vous citez est une petite parodie de l’intro de la série télé "les envahisseurs" ! J’ai glissé aussi dans ce livre quelques lignes parodiques de la scène culte d’un de mes films préférés… l’avez-vous trouvée ? ;)

Je crois que chaque étape dans l’évolution de son enfant, est source d’angoisse. Depuis ses premiers pas, jusqu’à son premier appartement, en passant par son premier flirt ou ses premières vacances en colo… Ce sont des signes d’autonomies, preuves de son évolution, et donc, fatalement, de son éloignement de nous, nous laissant vieillir seules, entourées de nos chats. (rires)

P.S. : A propos des blogs que de nombreux ados alimentent, vous vous dites "scotchée par cette façon irresponsable qu'ont les ados de s'exhiber sur le net. De confier à des milliers d'inconnus ce qu'ils s'acharnent à cacher à leurs parents...". C'est effectivement paradoxal et un vrai danger parfois, non ?

A.A. : C’est en effet un vrai danger, et je me sens interpellée par cette campagne de pub qui passe en ce moment sur les écrans : "je publie, je réfléchis". Les parents sont-ils à ce point irresponsables ou démissionnaires que ce serait à la télévision de faire l’éducation de leurs enfants ? On ne laisse pas un gosse seul face à un écran d’ordinateur et une connexion internet sans un minimum d’explications sur ce qu’il risque d’y trouver. On l’informe des pièges et des dangers et des différentes façons de s’en protéger. Encore faut-il, bien entendu, les connaître soi-même…

P.S. : Vous aviez inauguré notre rubrique "interview", quelques semaines après le lancement du site www.parent-solo.fr en 2005, alors, quels sont vos projets de romans ou autres autour des papas et mamans solos ?!

A.A. : J’aime beaucoup votre site, mais je crois que je vais m’arrêter là ! (rires) J’ai un peu fait le tour de la question, je pense. Ou alors seulement dans mes bandes dessinées. "les Carnets d’Agnès" chez Hugo BD (où je fais textes et dessins) qui mettent en scène une héroïne divorcée. Mais mon prochain roman, lui, parlera d’amour… qui marche !

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