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Une quête de re-pères ? Les nouveaux pères en question, par Eric Donfu

La paternité est un enjeu majeur de la société contemporaine. Mais la place des pères dans la famille est elle un symptôme ? Celui d’un recentrage vers les méthodes d’éducation traditionnelles qui avancerait au sein de la famille, sur des pattes de Colombes… Nous observons depuis quelques années un repli vers la sphère privée qui concerne autant les femmes que les hommes. Les succès du congé de paternité instauré en 2001, et l’aménagement des emplois du temps sont positifs. Ils accompagnent aussi un retour à l’autorité chez les jeunes parents, avec interdiction de regarder la télévision et retour d’une éducation sur la base d’interdits. A ce « tour de vis » s’ajoute souvent une nouvelle exigence à l’égard de leurs propres parents, devenus grands-parents, dont l’éternelle jeunesse désempare, quand ils ne s’opposent pas directement aux pères. Suspectés de désengagement, les « nouveaux pères » sont à la fête. En quête de repères, les jeunes familles sont à la recherche d’une nouvelle autorité, et les pères ne savent pas comment se positionner par rapport à cet enjeu. Ils sont prévenus : une mère peut désormais avoir plus d’autorité qu’un père… Oui, autour du père se joue bien une quête de repères.

La flamme de la fête des pères

Fête des pères

La fête des pères entre dans nos calendriers en 1968. Comme beaucoup de fêtes, elle a une origine commerciale. Créé aux Etats Unis, le 19 juin 1910, elle à été lancée en France par une marque commerciale de briquet, la société Flaminaire, avant d'être officialisée, sans être décrétée, en 1952. Et ce n’est qu’en juin 1968 qu’elle est fêtée A ce titre, elle s’invite curieusement dans le quarantième anniversaire d’un mouvement qui clamait aussi « A bas la société spectaculaire marchande ! » Paradoxe, c’est aussi l’année ou, avec le slogan Ni père ni maitre les nouvelles générations ont définitivement fait descendre le patriarcat de son piédestal, révélant la « faillite des pères », ou plutôt du patriarcat.

Des siècles de patriarcat

Paternités infaillibles et entières, le modèle du passé remontait à l’âge de bronze et agissait comme une chape de plomb sur la société. Qu’il soit, héro, modèle, bon père ou bon bourgeois le père perpétuait une relation maitre-disciple qu’aucune compétition ne devait troubler. Le compliment que faisait le père à son fils était « réussit, mon fils, et surtout, ne me dépasse jamais ». Ce modèle exclue la mère et est la clé de voute d’un ordre social cruel pour les enfants comme pour les femmes. Ce pater familias, système social propre aux humains, s’est appuyé sur le code civil de 1804 dit « code Napoléon » qui précisait en son article 1124: « Les personnes privées de droits juridiques sont les mineurs, les femmes mariées, les criminels et les débiles mentaux ». Une société dénoncée par les féministes par la « Mantra du viol » : «le viol relevant d'une affaire de pouvoir, pas de sexe.» Aux fils, un nom à perpétuer, aux filles, un mari à épouser. Les enfants étant assimilés à des revenants et pouvaient être diabolisés s’ils s’émancipaient. Un ordre que Victor Hugo avait dénoncé en 1877, dans une glorification poétique de l’enfance, l’art d’être grand-père ou l’art d’obéir aux petits. Mais il n’est peut-être pas inutile de relire ce texte, étonnamment moderne, alors que cette référence au père fouettard se réinvite dans l’imaginaire d’une société en quête de sens.

Années 60 : La faillite du père souverain

Au cours des années 60, mystifiées par mai 68, c’est davantage ce modèle du père d’hier, ancestral, et souverain, qui est effacé par l’émancipation des femmes et l’autonomie de la jeunesse. Une première modification du statut de la femme mariée est adoptée en 1938 avec l’abolition du code Napoléon. Mais ce n'est qu’en 1965 que l'édifice patriarcal qu'est toujours la famille est ébranlé. La loi du 13 juillet 1965 supprime l’incapacité de la femme mariée, qui peut désormais ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de son mari et disposer de ses propres biens. En 1967, une proposition de loi est déposée en faveur de l’amélioration des droits de la mère par rapport à ceux du père ; elle conduit à la loi du 4 juin 1970 sur l’autorité parentale conjointe. C’est la fin de l’homme chef de famille, auquel la femme devait « obéissance ». Puis la loi du 11 juillet 1975 instaure le divorce par consentement mutuel et la pension alimentaire. Enfin, c’est le « père en fils » qui est remis en question par la loi du 4 mars 2002 permettant aux parents de donner à leur enfant : le nom du père, le nom de la mère ou le nom de chacun des parents, relié par deux tirets, dans l'ordre qu'ils souhaitent. Mais la fin du « nom du père » obligatoire n’a pas signifié la fin du mythe du père idéalisé

La fin des paternités infaillibles

Les paternités dominantes, pivots d’une société vissée sur sa misogynie, vont se heurter à la loi du 28 décembre 1967, dite loi Neuwirth autorisant la contraception puis à la loi du 17 janvier 1975, dite loi Veil autorisant l’avortement. La loi redonne à la femme la maitrise de son corps, la science donne aussi la vie par la fécondation in vitro et les mères porteuses. L’homme n’était déjà pas porteur de l’enfant, et l’on peut désormais être père ou mère biologique sans être parent, et être parent sans être mère ou mère biologique. La « Révolution des femmes » a institué une maternité plus volontaire que subie, et placé l’enfant à la base de la famille en lieu et place du couple. Elle a aussi rendu justice à la puissance paternelle, au père infaillible. Et créé les conditions sociales, juridiques et culturelles d’une autonomie des mères. Mais le temps de la parentalité indivisible et biologique est–il vraiment remis en question par la monoparentalité, la beau-parentalité, la pluri-parentalité et l’homoparentalité ?

1968, année zéro des nouveaux pères ?

Depuis 1968 la généralisation de l’union libre et des naissances hors mariage, le déclin du mariage et la généralisation des divorces, ont fait entrer la famille entre dans l’ère des recompositions familiales. Plus profondément, le dépassement de la domination entre hommes et femmes, le passage de la norme imposée aux liens choisis, la place nouvelle de l’enfant, ont favorisé l’apparition de pères pluriels. Leur rôle n’était plus « vertical », tenant leur pouvoir de leur statut de chef de famille, mais horizontal, partageant, les taches familiales, créant des liens et apportant de la tendresse. Homme flexible aux appartenances plurielles, le nouveau père n’a pas pour autant fait oublier le père traditionnel.

Qui sont les pères traditionnels ?

A coté des pères « réels, imaginaires et symboliques » de la psychanalyse, il fallait déterminer les styles de pères selon des critères sociologiques Il est facile de se représenter des modèles du passé , le Bon père de famille, rond et soupe au laid, le Patriarche, âgé et veillant sur le patrimoine familial, le Père sévère, hussard de la république et sourcilleux, le Père héros, militaire et décoré, le Père souverain, capable d’être violent, le Père modèle et soucieux du respect de ses enfants, le Père fouettard ni ne veut rien comprendre, et le vieux con, à qui l’on doit notamment mai 68. L’image traditionnelle des pères bâtisseurs garde aujourd’hui tout son prestige, comme celui des ruraux domestiques, et révèle aussi que tous les modèles restent susceptibles de revenir, sous d’autres formes, dans d’autres générations. Plus qu’une disparition, le père traditionnel a connu une métamorphose, due notamment à la transmission entre les générations et à l’émancipation des femmes. N’oublions pas non plus le passage de la famille élargie (avec la cohabitation de plusieurs générations) à la famille nucléaire (composée uniquement des deux parents avec leurs enfants, mariés ou non).

La déchirure paternelle et ses effets

La « Faillite » proclamée de ces pères traditionnels a entrainé chez leurs enfants une vraie déchirure paternelle. Au changement de l’image du père dans la famille et la société, s’est ajoutée une difficulté pour certains de ces « nouveaux pères » : inventer leur propre style, en rupture avec celui de son propre père, et en accord avec leurs principes d’égalité dans le couple et d’écoute des enfants. En matière domestique et familiale, la mère a gardé le premier rôle. S’occuper des enfants est resté une prérogative féminine, renforcée par l’autonomie et l’autorité reprise aux hommes.

Que restait-il aux jeunes pères ? Descendu de son piédestal, il a investi le champ des sentiments, en étant plus proche de ses enfants mais aussi plus fragile ; du pourvoyeur de richesse et d’ordre au pourvoyeur de confort et de tendresse. Ils ont développé une forme d'autorité comprise, ou le respect devait être le mot clé. Pour eux, l'autorité est un moyen, mais elle ne peut être une fin, faute de remettre en cause le formidable acquis des solidarités et de cet amour entre les générations qu’ils ont construite en réponse à la société qu’ils avaient rejetée dans leur enfance. Pour eux, si l'autorité comprise est un bon moyen, le but est le respect, et plus encore que la fierté de l'autre, le plaisir d’être avec l’autre. Si la parentalité moderne s’est recentrée sur l’affectif et la personnalisation, les nouveaux pères y sont pour beaucoup.

Quels sont les styles de ces nouveaux pères ?

Pour les jeunes enfants, le modèle dominant est et reste « Papa avec maman ». Il est vrai que ce modèle reste celui de plus de huit couples avec enfants sur dix, mariés ou non. Des psychologues ne cessent de rappeler l’évidence, en prenant parfois la partie pour le tout, que « Deux parents c’est mieux qu’un » et que, à disqualifier un parent au profit de l’autre on risque de détruire l’enfant et le parent qu’il sera.

Mais papa avec maman c’est aussi le visage connu de Papa poule ou Papa gâteau, du Père Noël ou du Père savant. Ce qui est apparu depuis une trentaine d’année, c’est le père adolescent, Papa pote, Père copain, Père comique. Ceux que l’on appelle par son prénom à l’adolescence, sur qui on peut compter pour échapper à l’autorité maternelle, et dont on a du mal à se détacher, et sur lequel il est souvent difficile de s’appuyer.

La société a aussi placé le père dans un monde fou. Combien de Papas débordés et de Pères absents n’ont pas vu grandir leurs enfants ? Et combien de Père au chômage ont ressenti une castration dans le regard de leurs enfants traquant les super héros dans leur Play station ?

Dans ses mutations, la société a aussi fait des papas fâchés avec maman, et devenus intermittents, Père du dimanche ou Père une semaine-sur-deux, avec deux maisons pour grandir dans des « résidences alternées ». Si l’enfant vit seul avec sa mère, le père ne se reconnait pas dans cette « famille monoparentale » et va chercher à recréer un foyer de cœur avec son ou ses enfants. Ah, le restaurant avec papa qui peut être un « Divorcé campeur », parce qu’il a une petite cuisine, qui fait ses courses au jour le jour, et qui se couche tard. Avec lui, l’enfant peut se sentir protecteur, comme avec un Papa solo qui élève seul son ou ses enfants, a du mal à jongler avec l’emploi du temps et les fins de mois. Mais n’oublions pas que le nombre de pères qui élèvent seuls leurs enfants reste très inférieur à celui des mères dans la même situation, notamment parce que la garde des enfants est confiée à titre principal à la mère et qu’ils se remettent plus rapidement en couple que les mères. Entre 36 et 55 ans, par exemple, 85,9% des familles monoparentales sont féminines (46,1% de femmes divorcées, 32,4% de célibataires et 7,4% de veuves) et seuls 14,1% de ces foyers sont ceux de pères élevant seuls des enfants, un chiffre qui passe à 9,4% entre 16 et 25 ans mais monte à 37% après 55 ans (source INSEE, enquête emploi 2004).

Se remettant souvent en couple, papa se retrouve aussi père de famille recomposée, avec des enfants de plusieurs lits et souvent une famille nombreuse. A lui de savoir équilibrer ses attentions entre les enfants qu’il a eu avec sa nouvelle femme –ces enfants de tous les jours qui restent là le week-end - ceux qu’il a amené dans le couple et ceux que sa nouvelle compagne a eu dans sa précédente vie. Par ailleurs, aujourd’hui, il est difficile de chiffrer le nombre de familles « homoparentales » gay et lesbiens, même si l’association des parents et futurs parents gays et lesbiens (APGL) assure qu’elles sont nombreuses. Alors, Père homo, Père transsexuel, le débat porte sur le mariage et l’autorité parentale conjointe de l’enfant d’un des parents gays ou différents.

Mais la privatisation de la vie à l’intérieur de la famille, comme l’autonomie revendiquée des mères qui ont décidé d’avoir un enfant à tout prix, quitte à choisir un père de circonstance, a développé aussi la vocation de Père indigne, celui qui estime qu’il n’a ni à s’occuper d’un enfant qu’il n’a pas voulu, ni à s’acquitter d’une pension alimentaire, soit parce qu’il n’a pas reconnu l’enfant, soit qu’il en conteste la paternité. L’augmentation des demandes de tests de paternité, à l’étranger en dehors d’une procédure judiciaire, témoigne de la réalité de ce phénomène. Alors, est-il juste de les appeler « pères indignes » ? Les « pères malgré eux » peuvent-ils être assimilés à ces pères qui, de tous temps, ont abandonné la mère et l’enfant, pour des raisons qui leur étaient propres ? A l’inverse, n’oublions pas les Pères choisis dont les beaux-pères de famille recomposée avec qui « le courant passe » et qui sont nombreux à remonter l’allée centrale de l’église au bras de leur belle-fille…

La quête de repères et même de re-père s’illustre particulièrement dans la quête des pères perdus ou inconnus. Les nés sous X, les enfants adoptés et abandonnés ont tous un manque de père à combler, même s’ils aiment leur père adoptif ou choisi. Si certains dépassent cette blessure, cette démarche devient, pour beaucoup, la seule chance de surmonter une dépression à l’âge de l’adolescence. Voilà aussi pourquoi un Père en prison ne sera pas désavoué comme père par ses enfants, même si certains Père inavouables ont été reniés par leurs enfants, comme cela s’est vu en Allemagne, chez les fils et filles de nazis.

Y-a-il de bons pères

Des études ont fixé une échelle de l’implication des pères, à prendre avec précaution. Une étude de la DREES (Etudes et résultats avril 2006 n° 483) consacrée au temps que les jeunes parents déclarent vouloir consacrer à leur nouvel enfant, identifie par exemple quatre catégories de pères. Les pères assez présents (44%), Pères égalitaires (15%), Papas pouponneurs (11%) et les Pères peu investis (30%). Une autre étude, réalisée dans le cadre du projet européen Qualitemps corrige cependant ces résultats en doublant la part de pères égalitaires. Pour cette étude, il y aurait trois catégories : les pourvoyeurs de revenus (15%), les équilibristes (52%) et les égalitaires (33%). On ne peut que rejoindre cette étude sur la majorité de pères équilibristes, et reconnaitre que la pluralité du rôle de père, aujourd’hui, telle que nous l’avons décrite rend la question du bon père aussi subjective que celle de la bonne mère.

Pères réels, nouveaux pères, paternité éclatée

Aujourd’hui, on peut pourtant se demander si le modèle du « nouveau père » ne connait pas, à son tour, une crise existentielle. D’une part, de plus en plus d’entre eux s’opposent ouvertement à ce qu’ils considèrent comme une captation de leurs enfants par la mère. D’autre part, la recherche d’une autorité retrouvée, la redécouverte des traditions, remet en cause leurs rôles. De plus en plus de divorces s’engagent sur une différence d’appréciation de l’éducation à apporter aux enfants. Ces débats ne devraient pas empêcher de retenir le sens de l’engagement de ces nouveaux pères, en accord avec un nouvel esprit de famille : le passage de la norme au lien, la privatisation de la vie à l'intérieur de la famille, l'art d'être libre ensemble, le volontariat dans les relations dans la famille contre la contrainte imposée. En quarante ans, la psychanalyse nous a appris que les besoins de l’enfant, dans son processus de maturation, étaient triples : le corps, avec les soins nourriciers, mais aussi la vie affective et la vie psychique. Si la famille est plébiscitée aujourd'hui, c'est parce qu'elle est considéré comme un monde de réalisation, de soutien, de ressourcement...

Le coq n’a jamais disparu

Les enfants des babyboomeurs opèrent un retour à la norme significatif dans l'éducation de leurs enfants : interdiction de regarder la télé, dureté dans les propos, etc. Cela part de considérations sur un monde dur auquel il faut préparer les enfants en en faisant des durs. C'est donc les soumettre à une société que l’on n’apprécie pas et même dont on se protège en réinvestissant la sphère privée, en retrouvant le temps passé à la table familiale, en privilégiant son foyer à sa carrière professionnelle. Alors que l'enfant est devenu la base de la famille en lieu et place du couple, cette génération retrouve aussi la maternité avec un taux de fertilité de 2 enfants par femme en moyenne. Alors, qui peut nier l'importance des normes dans toute éducation ? En revanche, soyons prudents avec ce vent - est-ce une mode ? - d'autorité qui souffle dans les écrits des psychiatres. Savons-nous vraiment la signification de ce mot, autorité, isolé ? A-t-on oublié les conflits, les échecs, les drames que ce mot a provoqué dans les familles, car l'autorité incomprise est toujours une source de blessure.

Quels pères, demain ?

Mon propos n’est pas de juger ou de commenter le fait de savoir si l’amour ne suffit pas, ni de préconiser un type d’éducation plus qu’un autre. Je pense simplement, après l’avoir étudié, que le message des parents de mai 68 ne doit pas être rejeté sans être compris. Le fait d’" éduquer d'abord l'enfant pour ce qui est bien pour lui, en lui donnant la capacité de décoder le monde pour mieux y développer sa propre personnalité" ne doit pas être négligé dans un monde de plus en plus régi par les réseaux, l’ouverture d’esprit, et la capacité d’adaptation. Il semble que, comme un effet de balancier, et sans tomber dans une théorie des trois générations, le père de demain sera à la fois plus père au sens classique du mot et plus proche de son enfant, en lui consacrant par exemple davantage de temps. Une étude récente de la DRESS (N° 638 • mai 2008) sous le titre "S’arrêter de travailler durant trois ans pour s’occuper de son enfant : une idée qui progresse chez les pères" nous apporte un éclairage intéressant sur la place des pères, aujourd’hui et demain, dans les familles françaises. À la question « Combien de temps accepteriez-vous d’interrompre votre activité professionnelle afin de garder et d’éduquer votre enfant ? » posée à des parents quatre à six mois après la naissance de leur enfant, les mères sont comme à l’accoutumée plus nombreuses que les pères à compter en années plutôt qu’en mois. Cependant, 20 % des pères se disent prêts à le faire durant au moins trois ans. Ces pères se déclarent moins impliqués que les autres dans le champ professionnel, alors que leur compagne est plutôt mieux insérée dans son travail ; l’apport de ces pères dans les ressources du ménage est d’ailleurs plus faible que la moyenne. Soucieux d’égalité au sein de leur couple, ils sont plus actifs que les autres pères s’agissant des tâches domestiques ou pour s’occuper des enfants. Les 10 % des mères qui, à l’autre extrême, n’accepteraient pas de s’arrêter, ou alors seulement trois mois, sont plus diplômées que les autres mères. Que retenir de cette étude ? D’abord le fait qu’il a existé, qu’il existe et existera des inégalités très marquées entre les classes sociales, et que ces inégalités sont renforcées par la parentalité. Aujourd’hui, les chiffres démontrent que de nombreuses familles monoparentales sont confrontées à la précarité, que la pauvreté infantile reste à un niveau élevé, avec de un à deux millions d’enfants concernés, et que cela détermine les chances des enfants dans la vie. Dans ce contexte, la vraie question, par-delà tous clivages sociaux, ethniques ou religieux, est bien de révéler des pères soucieux d’apporter la meilleure éducation à ces enfants ou à ceux de sa femme. Des pères capables de comprendre et prévenir les échecs scolaires, d’aimer d’accompagner et de projeter l’enfant dans l’avenir lointain sans le confondre avec son miroir…

Eric DONFU, sociologue

11 juin 2008

Auteur de Oh mamie boom (Jacob-Duvernet ,2007) et Ces jolies filles de mai, 68 la révolution des femmes (Jacob-Duvernet, 2008)

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