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Interview Michéle Le Pellec : Auteur du Guide de survie pour mère de famille monoparentale

Michèle Le Pellec

Parent-Solo : Vous êtes ingénieur en télécommunication et coach. Dans votre livre, sorti en août 2005, " Guide de survie pour mère de famille monoparentale ", vous invitez les femmes divorcées à reprendre en main leur vie comme on reprendrait en main une entreprise ayant connu des problèmes sociaux. Le coaching personnel aurait-il remplacé la visite chez le psy ?

Michéle Le Pellec : La situation d'une mère de famille solo, est émotionnellement et matériellement très difficile à gérer, particulièrement dans les phases d'évolution : adolescence, mutation, déménagement, départ des enfants. Il manque, pour faire un parallèle avec l'entreprise, d'être un collectif qui produit, cette production qui donne du sens au quotidien. La famille, elle, produit surtout du développement personnel. Or, débordée par la réalité et la perception biaisée de leurs compétences, les femmes solos sont aussi victimes du manque d'altérité, cet autre auquel on expose sa vision de la situation, qui cherche avec vous une voie acceptable face aux besoins de tous les membres de la famille, qui propose, suggère et rassure. Mère de famille débordée ou manager débordé, cela ne veut pas nécessairement dire psychologiquement souffrant. La souffrance s'installe lorsque l'on n'arrive pas à prendre le contrôle, à trouver des bras de leviers, à imaginer un rivage paisible pour tout le petit monde. D'où l'intérêt du coach qui accompagne une recherche de solutions avant que la souffrance psychologique ne s'installe, qui éclaire la réalité, et ouvre les portes d'autres possibles. Quand la souffrance s'installe, quand elle confronte à l'excès les équilibres psychologiques profonds, le psychiatre est irremplaçable.

Parent-Solo : Comme vous le dites, après un divorce où on a " le sentiment d'avoir failli à son engagement ", une nouvelle identité est à trouver, une nouvelle confiance : le peut-on vraiment sans se faire aider, juste en essayant d'appliquer vos conseils, les 3 P du coach (Protection, Permission, Puissance) ?

M.L.P. : Peut-on se protéger soi-même, se mettre en puissance soi-même, s'autoriser à manquer parfois, aux exigences multiples de la mère parfaite. Je crains que non. C'est un échange de type parent vers enfant, que seul un autre peut apporter. Pourtant le livre explicite ces autorisations, nomme les compétences acquises, liste les précautions à prendre ou les risques à éviter. En ce sens, il est autant que possible, livre-coach. Il contribue, dans une première étape, à modifier une perception négative de la réalité du type: "je suis nulle puisque je n'y arrive pas".

Parent-Solo : Boris Cyrulnik a écrit sur la " résilience ", qui désigne la capacité à réussir, à vivre, à se développer en dépit de l'adversité. Comment vous situez vous par rapport à ce " merveilleux malheur " ?

M.L.P. : J'ai eu beaucoup de plaisir à lire Cyrulnik. Puis, avec le recul, il m'est venu beaucoup d'inquiétudes aussi devant l'exigence du "merveilleux malheur", si pratique pour l'entourage " "tu n'as qu'à" et si odieux pour celui ou celle qui panse encore sa blessure intérieure. Peut-être qu'au terme de vingt années de vie solo, quand les enfants sont élevés, ou à l'occasion d'un remariage, on peut se dire: "Quelle chance j'ai eu de divorcer!". Mais je crains aussi la culpabilisation de celles dont le temps n'est pas encore arrivé, celles qui rament sans voir le bout du tunnel. Le concept du "merveilleux malheur" pourrait permettre à chacune de faire le deuil rapidement, tel une terre promise. Pour ma part, j'ai situé mon livre résolument dans la traversée du désert, en donnant simplement une bouffée d'espérance (statistique) pour l'avenir, une gourde d'eau du puits pour aujourd'hui, et beaucoup d'acceptation.

Parent-Solo : Vous suggérez, notamment, de changer d'environnement car " votre entourage passé vous ramènerait à revivre la même chose, indéfiniment, parce qu'il agit comme une programmation mentale " : n'y a-t-il pas un risque, en se coupant de son environnement pour en recréer un, de sombre dans un isolement dont on ne peut sortir ?

M.L.P. : Bien évidemment, il convient d'apprécier les gains et les pertes à chaque décision, en parfait adulte maître de sa vie. J'ai surtout recommandé des coupes micro-chirurgicales pour conserver un entourage constructif et une conviction qu'il faut garder les portes ouvertes pour autre chose, d'autres acteurs, d'autres visions du monde, afin de restructurer son cerveau - sa base de données - avec ce zeste de moutarde qui fait prendre la mayonnaise par une étrange alchimie de l'infiniment petit. Cela étant, il est indispensable de garder un maximum d'amis, de relations… Mais combien de jeunes femmes, ballottées à la suite d'un mari et de sa carrière ont encore un environnement social qui leur appartient au moment du divorce ?

Parent-Solo : Malgré le divorce, l'évolution des droits des femmes, " 3000 ans de culture chrétienne vous regardent ", péremptoires sur le rôle de la femme : voulez vous dire que beaucoup reste à faire en faveur des femmes ?

M.L.P. : Je le crains, hélas ! Parfois, au fil de l'actualité, je reste incrédule devant certains comportements indéracinables, qui reprennent vie tels l'Hydre de Lerne à chaque fois qu'on lui coupait une tête. Il n'y a cependant pas de fatalité, mais une nécessité pour les femmes d'aujourd'hui de reprendre le flambeau là où notre génération l'a porté, pour continuer à éclairer le futur de celles qui commencent leur vie de femmes. Je crois beaucoup dans la nouvelle capacité des femmes européennes à créer des réseaux. Je crois que leur vision d'elles mêmes a évolué et cela change tout.

Parent-Solo : Vous dites que le divorce n'est pas que du ressort strictement privé, puisque " la société est ancrée sur le socle des familles " et que le divorce en bouleverse donc la base. Le divorce ne conduirait donc qu'à une situation d'associale ?

M.L.P. : Socialement parlant oui, économiquement parlant presque. J'ai mis beaucoup de temps à découvrir cette réalité masquée derrière l'apparence de normalité. Combien de femmes seules ont appris à dire "nous" simulant l'existence d'un conjoint, à chaque démarche administrative, ou pour trouver un artisan, pour demander une promotion, pour acheter un canapé, (Ah non madame, cette promotion est réserve aux couples ! Sic)… Il faut prendre rapidement conscience de cette marginalisation. L'approche de cette réalité par le coach s'arrête où commencent le psychanalyste et le sociologue. Le coach peut cependant tenter un éclairage systémique du problème de l'insertion de la femme divorcée au sein de la société, en accepter la réalité, et trouver une voie qui permette non pas de la combattre ou de s'en révolter, mais de vivre au mieux avec cette réalité.

Parent-Solo : " Une divorcée est une femme sans protection, sans lien établi par le pouvoir mâle " : le divorce peut-il être un frein à une carrière professionnelle ? L'avez-vous vérifié pour vous-même à un moment ou à un autre, d'une façon ou d'une autre ?

M.L.P. : Aujourd'hui encore, nombre de femmes me traduisent leurs difficultés à trouver ou garder un emploi, et qu'elles ont l'impression de faire face au non-dit du clan des mâles. D'autres suspectent les employeurs, sachant qu'elles ont besoin de cet emploi pour faire vivre la famille, de profiter de cette faiblesse. C'est la voie ouverte au harcèlement. Réalité, perception ou projection, la question mérite d'être creusée lorsqu'elle devient collective. L'approche de ce problème commence à être trouvée dans les nouvelles lois sur l'égalité professionnelle et l'obligation de statistiques détaillées.

Personnellement, comment ne pas voir de relation de cause à effet : Ma carrière a été brillante avant mon divorce et stagnante ensuite. Pourtant je m'étais assurée de services de jeunes étudiants presque à plein temps qui me permettaient déplacements, absences de nuit etc… Une femme divorcée provoque chaque homme, chaque entité par rapport à son propre vécu, sa culture, ses valeurs, ses faces cachées.

Parent-Solo : Vous écrivez que " le parent fait l'enfant autant que l'enfant fait le parent ". Pour le parent qui n'a pas l'enfant au quotidien, qui ne peut donc vivre cette " relation de construction mutuelle ", est-ce pour autant sans issue ?

M.L.P. : Il n'y a guère de jugement de divorce qui prive l'un des parents de droits de garde, de visite, au point qu'il ne puisse s'impliquer au quotidien et être vraiment présent dans la vie, les émotions, et la relation d'aide dans la réalité quotidienne de l'enfant. Il faut parfois de l'imagination, beaucoup d'amour et de tendresse pour que le sentiment de sécurité s'installe. Il faut aussi savoir être là, laisser tout tomber quand l'enfant a besoin. C'est surtout cette disponibilité là qui fait le parent. On devient parent lorsqu'on accepte les droits et les devoirs, à tous les niveaux de la relation, à chaque étape du développement, quand on donne du sens à la vie de l'enfant et un référentiel. Il y a des parents qui veulent boire le vin de la vigne sans avoir fait les vendanges, ni taillé les ceps. Je sais cependant que certains parents sont exclus de la vie de l'enfant, pour des raisons diverses. Pour celui ou celle qui souhaitait accompagner réellement son enfant, c'est une vraie souffrance. Chaque parent doit se convaincre de l'importance de l'autre dans le développement de l'enfant et les deux parents devraient pouvoir, au besoin avec un tiers, établir un dialogue constructif autour du rôle de chacun.

Parent-Solo : Parmi les bonnes pratiques que vous conseillez, internet en fait partie puisque " les parents solos n'hésitent plus à se regrouper sur le web ! ". Avez-vous vu un peu d'espoir en surfant sur www.parent-solo.fr ?

M.L.P. : Parents-solos, comme d'autres sites de parents isolés, en France, en Belgique ou en Suisse, ont accueilli mon livre avec une vraie chaleur. Mon essai souhaitait soulever la chape d'isolement qui enferme le parent solo dans sa différence. Mais il n'y a pas de meilleur remède que le partage, l'ouverture vers l'autre, pour transformer le parent solo qui subit une situation en un parent ouvert, en route vers de nouvelles aventures, vers de nouveaux projets. Chaque parent solo devrait s'imposer ce premier pas vers cet autre tellement proche de ses préoccupations. Bravo à Parent-solo ! Car une association locale permet aussi la rencontre physique, l'entraide indispensable, au delà du web.

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